Saturday, October 29, 2011

Crise économique, conflit de générations

1945 - Changement de conscience

Il y a 3 générations encore, l'homme agissait fortement dans la conscience collective, maillon d'un groupe d'individus, solidaires les uns des autres, prêts à donner leur vie pour la survie du groupe, au-delà même de leur propre descendance. C’est dans l’overdose de nationalisme qui a déclaré la deuxième guerre mondiale que la conscience individuelle a pris une place plus importante : l'homme prend conscience qu'il peut choisir par lui-même, pour lui-même ; il ne doit pas suivre les excès d’un chef de famille patri-archaïque, et encore moins d'un chef de tribu ou d’état nombriliste. Il est maître de ses décisions et son seul défi est de les prendre et d'en porter les responsabilités, d'en accepter les conséquences, quelles qu'elles soient.



C'est la génération d'après-guerre, celle du baby-boom, qui portera l'avènement de ce nouvel homme, dans des conditions très difficiles car orpheline de ses parents tombés à la guerre et livrée à elle-même dans un monde physiquement et psychologiquement détruit. Une génération qui devra alors se débrouiller bien seule pour tout reconstruire et effacer les blessures de guerre de toute une société. Sa crise de puberté de 1968 mettra définitivement les points sur les i vis à vis de la génération précédente : le passé et bons nombres de reliques traditionnelles doivent s’effacer et faire place à une ère nouvelle et un développement de l’individualisme.


Une génération dorée au cœur lourd

L’histoire nous donne nombre d'exemples acclamant les 30 glorieuses et le développement fulgurant de nos sociétés occidentales entre 1945 et 1973. Les baby-boomers ont accomplis un immense travail de reconstruction matérielle, dans une période où le capitalisme contenait encore une si grosse part de socialisme qu’elle tirait toute la population vers le haut : plus de nourriture, de confort, de machines pour faciliter la vie de tous les jours et cela pour presque chaque membre de la société, par le biais du plein emploi.
Du point de vue spirituel par contre, la génération d’après-guerre n'a pas bien évolué. Le cœur de cette génération n’a pas assimilé cette blessure d'enfance d'avoir été abandonné par des parents morts au combat ou honteux d'avoir laissé faire et/ou soutenu les atrocités de la guerre. Un destin commun avec leurs propres parents d'ailleurs, qui avait également perdu les leurs lors de la première guerre mondiale. 
Mais alors que la génération d’entre-deux-guerres s'était empêtrée dans sa jeunesse dans une attitude nationaliste et xénophobe, d'abord en Allemagne suite à l'humiliation du traité de Versailles et sous l'impulsion du parti nazi et ensuite partout en Europe avec la crise économique de 1929, la génération d’après-guerre compense jusqu’à maintenant ce vide relationnel par un matérialisme explosant et un individualisme aigu : posséder pour pouvoir se débrouiller tout seul, entasser les biens et les épargnes pour ne pas avoir à se soucier de ces vieux jours. Poussé à l’extrême par la société de consommation, ce comportement aura une grande incidence sur la crise d’aujourd’hui. 

 
Génération X

Dans ce contexte matérialiste et individualiste naquit la génération X, la génération sans nom et sans attention. La génération X est une génération « gâtée », c’est en tout cas, ce qu’en disent leurs parents qui ne jurent que par la possession de biens. Mais ce matérialisme exagéré étouffe cette nouvelle génération, la télévision lui vole son temps et ses expériences, l’école lui dérobe sa liberté en lui imposant un rythme qu’aucun adulte n’accepterait sans se révolter et la conditionne avec des tonnes de théories anciennes sans espace pour les critiquer : Le développement exponentiel des technologies lui impose de nouveaux rôles dans la société que la génération précédente, complètement dépassée depuis l’invention du transistor, ne pourra suivre et souvent même comprendre.
La génération X dispose de très peu d’espace pour créer et s’exprimer, elle doit assimiler ce qu’on lui donne en permanence et cette fois-ci, les fils n’apprendront pas de leurs pères en les regardant et les imitant,ni les filles de leurs mères !

Titom (licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 be)
La structure familiale qui avait déjà été fortement amputée par la dispersion pour raison « professionnelle » des baby-boomers loin de leur noyau familiale explose littéralement : les enfants qui déjà vivent loin leurs grands-parents, se trouvent maintenant séparés bien trop tôt de leurs deux parents, devenus stressés et débordés par la soi-disant conciliation travail-famille. Ils doivent ainsi revivre la même douleur que leurs parents et grands-parents, mais dans un contexte autrement plus déroutant.



Choc de générations

D'un côté, une génération baby-boom pleine de succès, parti de la misère pour finir dans l'opulence, sûre d'elle, très autoritaire et qui de ce fait montre toutes les réticences à se remettre en question. Une génération qui a en partie stoppé son développement intérieur, persuadée d’avoir atteint un stade final "quand tu seras grand...".

De l'autre côté, une génération X née avec la crise pétrolière, et qui ne connaîtra de la croissance économique, considérée comme vitale, que son ralentissement inexorable. Accablés par leurs aînés de ne pas travailler aussi dur qu’eux, incapables de comprendre la situation car formatés par le système parental, les X se retireront dans une nostalgie pétrifiante vénérant un passé plus rose pour leurs parents que pour eux-mêmes, avant de réellement comprendre leur place sur la planète et l’imposture politico-sociale dont ils sont les premières victimes.


Un monde transformé

Il aura fallu 40 ans et l’aide de la génération suivante pour que la génération X sorte de son isolement dépressif et prenne conscience de ses responsabilités : vis à vis de la planète, vis-à-vis de ses voisins rendus visibles par la globalisation et vis-à-vis de ses prochains. Parallèlement au ralentissement de la croissance puis au début de la récession économique, ce sont les problèmes écologiques, énergétiques, climatiques, démographiques, sanitaires qui sont entrés dans son champ de conscience et lui montre clairement son rôle dans l’évolution. L’essor fulgurant des technologies de l’information nous distribue en continu de multiples points de vue sur chacun de ces problèmes que nous nous devons désormais de comprendre et de prendre en compte dans nos comportements. Nous ne sommes plus aveugles comme l’étaient nos aînés, nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les problèmes d’injustice et d’esclavage, de pauvreté et de misère, de guerre et de destruction de la nature que provoque notre façon de vivre « à l’occidental ». Nous ne sommes pas responsables pour la forme que le monde a pris, mais nous avons maintenant la responsabilité d’améliorer en toute conscience, le monde de nos parents.


Passation de pouvoir retardée
Martin Vidberg - http://vidberg.blog.lemonde.fr/

Cette responsabilité, à nous de la prendre à bras tendus et haute voix. Il y a plusieurs générations de cela, la passation de pouvoir d'une génération à l'autre était bien simple, elle se passait au cimetière et ne demandait aucune communication de la part des uns ou des autres. Aujourd'hui, les baby-boomers qui ont pris les rennes de la planète bien trop tôt pour leur âge tardent à laisser place à notre génération X qui découvre relativement tard ses responsabilités. Les « anciens » ne font confiance qu’à leurs pairs et les « jeunes » dénigrent ou ignorent les « anciens ». Les anciens continuent de se baser sur un système économique dépassé et les jeunes implosent de colère de devoir construire leur avenir sur une illusion imposée, sans parvenir à faire valoir leur point de vue : la nouvelle réalité économique, c’est la fin de la croissance exponentielle de l’économie. C’est la fin du plein emploi dans sa version originale. C’est la fin du matérialisme roi et de la surexploitation humaine, animale, végétale et minérale. C’est le début d’un vrai partage.


Travail d’équipe pour tâche complexe

De nos jours, il n’est plus question de trouver un travail, d’acheter une maison et de fonder une famille, point final. Aujourd’hui, les emplois qui sont proposés enrichissent des multimilliardaires et leurs apprentis clones sans scrupules et provoquent la dégradation de l’environnement. Les biens de consommation proviennent du travail de personnes mal payés quelque part dans le monde, peut-être même de celui d’un enfant abandonné et sous-alimenté. La production de notre nourriture, la viande aux avant-postes se fait au détriment de la forêt vierge et des sols surexploités et est même source de famine en Éthiopie et ailleurs ! Et avec tous ses paramètres extérieurs, il nous faut aussi prendre en considération que nous-mêmes et nos familles ont besoin d’un minimum de ressources pour pouvoir faire partie active de la société... et changer quelque chose ! Notre monde est complexe et nous observons clairement les limites et défauts de l’individualisme pur qui porte une grosse part de responsabilité dans cette d-évolution. 
Le futur a besoin d’un Nous, d’un travail en commun, chacun avec ses compétences, chacun dans le respect profond du travail des autres, que ce soit au chantier, dans les champs, dans les bureaux, les hôpitaux ou les écoles. Nous avons besoin de toutes les compétences et quoi de plus sage que de nous lier à nouveau à l’expérience des anciens. Quoi de plus sage pour les anciens, que de se lier à ce Nous pour pouvoir vivre dans ce monde en tant que force active. Faisons ce pas les premiers, nous qui attendons tant de nos aînés. Communiquons, pensons ensemble, avec nos différences et nos préférences. Échangeons nos points de vue, exprimons-nous. L’heure est à la réconciliation : il est temps d’accepter ce que nos parents sont, de leur laisser leur liberté comme nous attendons qu'ils nous laissent la nôtre et assumons dorénavant notre condition de décideurs, c’est ce que nous avons maintenant à faire. C’est notre place.


Le futur rime avec partage

De part le gros travail de nos parents, notre planète nous offre théoriquement assez de nourritures pour nourrir tous ses habitants, malgré le triplement de la population depuis 1945. Ce ne sont pas non plus les toits qui manquent, tout du moins dans les régions occidentales. Les idées ne manquent pas non plus si l’on observe avec attention toutes les alternatives aux comportements capitalistes existants, que ce soit la décroissance, la consommation responsable sur le plan local ou encore le revenu de base, toutes proposant un amendement déterminant aux règles actuelles pour organiser le partage des richesses. Soit dit en passant, ces idées ne datent pas d'hier. Mais à l'époque, elles étaient très avant-gardistes !
Ce qui freine la mise en place de tels systèmes outre la cupidité des marionnettes aux pouvoirs et de ceux qui tirent leurs ficelles, c’est la peur très médiatisée d’un retour en arrière ancrée en chacun de nous, la peur de devoir abandonner des acquis, surtout ceux que nous obtenons au détriment des populations les plus défavorisées. C’est la peur de se retrouver seul, abandonné de tous, la peur d’une retraumatisation pour tous les enfants qui veillent en nous. 

Mais la peur n’est qu’un signal d’avertissement qui se charge de nous garder en éveil, ce n’est pas du tout une semonce à arrêter de vivre. Redonnons un souffle à nos vies.


Retour à la réalité

Génération baby-boom, sortez de votre passé insouciant où plein emploi et matières premières seraient inépuisables « pour ceux qui s’en donnent les moyens » et prenez le temps d’écouter la sagesse de vos enfants et de vos petits enfants.
Génération X, stoppons un instant nos communications virtuelles avec le reste du monde, sortons de nos cachettes et regardons nos parents droits dans les yeux. Crions notre indignation quant à l’état de notre monde si besoin est, prenons le temps de décrire notre point de vue, telle que nous le voyons, le sentons, le rêvons, car c’est aujourd’hui celui qui importe. La déclaration de nos convictions est indispensable pour remettre chaque génération à sa place et permettre un travail commun pour un monde meilleur. Mais attention, c'est une déclaration que chacun de nous doit faire en face à face avec ses propres parents… Ne refaisons pas les mêmes erreurs de nos parents et ancêtres qui ont chaque fois agi sans concertation avec leurs aînés pour finir dans une grave crise guerrière, économique ou sociale: le destin ne nous réserverait pas un autre sort. La jeunesse a cette qualité de pouvoir mobiliser d'immenses forces pour faire bouger des montagnes. Mais il faut pour cela une base solide, sans quoi ces forces finiront par s'essouffler dans la dépression ou même se retourner contre nous.
Cette base, c'est le passé, représenté par nos parents et grands-parents. Nous sommes leur continuité. C'est aussi et surtout la condition sine qua non à la construction d'une vraie relation avec nos enfants et descendants : regardons les, apercevons les, ils sont à côté de nous chaque jour, ils nous regardent même quand nous détournons les yeux, ils sont prêts pour cette r-évolution parentale depuis bien longtemps. Ils n’attendent qu'un NOUS !


dEUS - Keep You Close by dEUSbe

2 comments:

  1. ben j'avais pas commé, mais la j'le fais :
    c'est très bien :)

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  2. tellement vrai...deutlich, danke

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