- re:publica 2010 -
La rencontre re:publica est organisée pour et par des bloggeurs et autres netactivistes depuis 2006 à Berlin. Götz Werner, fervant activiste du revenu de base en Allemagne y a tenu un exposé très intéressant regroupant de solides arguments favorables à cette belle idée. Les sous-titres de http://revenudebase.free.fr/ ont été utilisés comme base du travail et retravaillés pour une lecture plus agréable, en laissant de côté les passages confus du débat. Bonne lecture
La rencontre re:publica est organisée pour et par des bloggeurs et autres netactivistes depuis 2006 à Berlin. Götz Werner, fervant activiste du revenu de base en Allemagne y a tenu un exposé très intéressant regroupant de solides arguments favorables à cette belle idée. Les sous-titres de http://revenudebase.free.fr/ ont été utilisés comme base du travail et retravaillés pour une lecture plus agréable, en laissant de côté les passages confus du débat. Bonne lecture
Introduction du modérateur :
En 1973, il commence à agrandir une chaine de droguerie, les drogueries DM. Il
exporte sa marque en Autriche, puis dans beaucoup d’autres pays de l’est
européen, avec un succès incroyable et toujours actuel. À côté de cela, il s’est
fait plus récemment auteur en écrivant un livre qui a été débattu de long en
large dans tous les talkshows de la République Fédérale et ayant pour titre :
«Un Revenu pour Tous». Mesdames et messieurs, il va vous en parler, je vous
prie d’accueillir chaleureusement le professeur Götz Werner.
Götz Werner : Bonjour !
Chers « clientes », chers « clients »... Car aujourd’hui
vous êtes mes clients, n’est-ce pas !? Vous êtes là parce que vous vous
êtes dit : « Le Werner a certainement quelque chose de sensé à nous
raconter. Attendons de voir », c’est comme ça que se comporte le client, non ?
Le client se dit :
« Il va me donner quelque chose qui va m’intéresser ».
Et je suis venu à
vous aujourd’hui parce que je me suis dit : « Déjà, il est peu
probable qu’il n’y ait pas de monde dans la salle et il doit au moins en être
quelques uns qui vont se dire de l’idée que je veux leur apporter : ‘Oh
oui, ça m’intéresse’ ».
Ainsi je compte
sur votre réceptivité et vous comptez sur ma productivité. C’est ainsi que ça
se passe dans notre société ! Notre
société a à sa base « productivité » et « réceptivité ».
Et ici dans cette
salle, un « public bloggeur » est une groupe-cible idéal pour ce que
j’ai à donner : vous êtes des gens ouverts, vous êtes des gens qui
cherchent du neuf, de nouveaux chemins, de nouveaux médias. Mais aussi des gens
actifs, qui ne commencent pas par attendre en se demandant : « Combien
je vais être payé ? », mais des gens qui se lancent parce qu’ils
voient un sens à ce qu’ils font ! C’est ce qui est intéressant chez vous !
Je suis venu ici
pour parler de ce thème avec vous : de la question que chaque homme
aimerait avoir en soi : « Dans
quelle société voulons-nous vivre ? »
Est-ce que la
« configuration » de cette société, ses « conditions générales »
sont telles que les gens puissent y être actifs ?
On parle ici de
la différence entre l’homme et l’animal : l’homme est un être d’activité. Un être d’ex‑pression. Nous
essayons certes de nous en empêcher les uns les autres en voulant nous impressionner
respectivement en permanence (!) mais au fond l’homme est un être d’expression.
C’est un être qui veut se développer, qui veut écrire sa biographie, qui veut
laisser ses empreintes, qui veut exprimer ses besoins existentiels individuels.
Alors :
est-ce que notre société appelle en nous, plutôt notre côté non conformiste ou
plutôt notre côté conformiste ? Ici j’ai bien sûr à faire avec un auditoire
de potentiels non-conformistes. D’ailleurs, si nous étions encore au temps du
rideau de fer, vous seriez entourés de collaborateurs de la STASI qui seraient
chargés d’éviter que ce non-conformisme ne s’étende. Pourtant apporter du neuf
dans le monde, c’est bien ça qui est passionnant. Et l’idée du revenu de base inconditionnel, c’est quelque chose de
nouveau, c’est un changement de paradigme. Un changement de paradigme comme
on ne peut pas se représenter fondamentalement.
Je vous emmène au
cœur du problème : j’ai eu une expérience dans une école élémentaire à
Stuttgart Möhringen, dans une classe de CM1, je devais lire un conte aux 38
élèves; c’était la période de l’Avent.
Je leur ai lu un
joli conte. Ils étaient très attentifs, ils avaient tout bien préparés, j’avais
un fauteuil en hauteur, il y avait les décorations de Noel; je me suis donc
assis et j’ai lu. C’était d’ailleurs le conte « Les nouveaux habits de l’empereur »,
ça passait bien avec la crise financière !!
Et après le
conte, (c’est pour cela que je vous en parle), la maitresse m’a dit :
« Les enfants veulent encore vous poser quelques questions. »
Lors de la
lecture, j’avais remarqué, assis tout près, devant moi, un enfant d’une dizaine
d’années. Et assis comme seules les enfants peuvent l’être, concentré au plus
haut point, sur l’extrême bord de sa chaise. Je l’avais déjà remarqué pendant
la lecture.
Alors vint la
première question, la deuxième question de différents élèves, puis vint le tour
de celui-là. Et dans un ton sec, il demanda :
- Depuis quand
travailles-tu dis donc ?
J’étais
évidemment un peu perplexe, j’ai bu une petite gorgée, et puis j’ai demandé :
- Ah mais qu’est ce que c’est justement que
le travail ?
Et là, ça n’a pas
duré très longtemps, les enfants étaient rapidement d’accord et d’une voix, ils
ont dit :
- Le travail, c’est
ce qui est bien payé ! …
Alors là ! J’en
suis resté sans voix. J’étais un peu... Le travail c’est ce qui est bien
payé... ???... Hmmm. Et puis j’ai alors recouvré ma voix et j’ai demandé :
- Ah booon... Ah
boooon... Et alors qu’est ce que c’est quand c’est maman qui fait quelque chose
pour vous ? Et comment c’est quand c’est papa qui fait quelque chose pour
vous ? Et quand Mamie vous garde en fin de semaine ? Et vous aide à
faire les devoirs ? Ce n’est pas du travail ?
- Euuuh !
Ils ont alors
réfléchi :
- Si, c’est aussi
du travail.
Mais d’où est-ce
que les enfants ont-ils cela ? C’est très peu probable qu’ils soient venus
au monde avec ces mots : « Le travail, c’est ce qui est bien
payé »... Ils ont dû en faire l’expérience de part notre socialisation.
Mais sommes-nous
vraiment d’accord que le travail, c’est ce qui est bien payé ? ... ça ne
peut être qu’un malentendu !!! Mais le fait est que ce malentendu est
tellement ancré dans notre société, qu’il conduit 40 enfants de dix ans à formuler
une telle définition du travail.
Et c’est
exactement le problème de notre société ! Nous mesurons la valeur du travail à sa rémunération. Et non pas au
sens que ce travail a. Et cela vient du fait que nous couplons dans notre
conscience « travail » et « revenu »... ou plutôt... dans
nos cœurs et dans nos âmes. Parce que si nous le faisions en toute conscience, nous
nous rendrions vite compte que cela n’est pas possible !
Et laissez-moi prendre ce point comme entrée en
matière : si vous voulez travailler, si vous voulez être actifs, alors
vous avez besoin d’un revenu.
Le revenu ne vient pas en conséquence du travail,
il en est la condition nécessaire. C’est parce que je dispose d’un revenu – qu’importe d’où il provient – que
je suis en mesure de devenir actif ; parce que le revenu, j’en ai besoin
pour pouvoir vivre ! J’ai besoin d’un revenu pour nourrir mon corps. Le
travail j’en ai besoin pour m’exprimer dans la société, c’est un tout autre
sujet !
Le travail, ensemble avec d’autres personnes, j’en
ai besoin pour pouvoir m'épanouir et le revenu, j’en ai besoin pour pouvoir vivre.
Je tiens le
couplage du travail et du revenu comme l’erreur de raisonnement la plus
fondamentale que nous ayons dans notre société. Cette erreur nous mène si loin
que nous pensons devoir forcer les personnes à travailler pour que nous
puissions leur donner un accès à un revenu.
Et pour cela, on
a mis en place ce cirque de « Hartz IV », n’est ce pas, – un cirque pas
marrant du tout, il s’agit là d’un vrai régime pénitentiaire. Oui, il faut être
très radical dans l’observation, tout du moins dans le raisonnement. « Hartz
IV » est la tentative – parce que nous avons ce paradigme en tête :
« Qui ne travaille pas, ne mange pas » – d’obliger, de contraindre
des gens à travailler, même si le travail qu’ils font, n’a de sens ni pour eux,
ni pour nous. Regardez simplement l’agence pour l’emploi avec ses statistiques
de chômage bidouillées : tout ceci est une bêtise dramatique...
Et là, nous ne pouvons pas dire : « Vous
savez, moi, j’en ai rien à faire, ça ne me concerne pas du tout » :
Est-ce que vous
avez envie que l’on agisse de la sorte avec vos proches ? Avons-nous
besoin de forcer d’autres personnes à faire quelque chose qu’ils ne veulent pas
faire, et qui n’a aucun sens pour nous ? Avons-nous besoin de cela ?
Avons-nous besoin d’accepter de la misère dans notre pays ? Est-elle
nécessaire ? Est-ce que nous nous devons d’avoir toute cette misère ?
Est-ce que nous nous devons d’avoir des
enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté ? Alors que nous n’avons
jamais eu autant de biens et de services à notre disposition qu’aujourd’hui ?
Redoutez-vous que quelque part dans notre République les biens et les services viennent
à manquer ? Constatez-vous cela quelque part ?
Sur quoi se fonde en fait la richesse d’une
société ? Elle ne peut que se fonder sur la disponibilité des biens et des
services.
Et n’avons-nous
pas aussi cet autre problème qui est que nous regardions toujours du point de
vue de l’argent ? ...et pensons que c’est l’argent qui aurait de la valeur ?
Cela m’étonne toujours de nouveau, quand je repense aux années 1988, 1989 dans
le bloc de l’Est et en RDA... j’ai bien remarqué que les gens avaient pas mal d’argent,
sauf que quand ils allaient dans un de ces magasins, il n’y avait rien dans les
étals. Quand nous allions en Russie, c’était encore plus grave qu’en RDA, il y
en avait encore moins dans les étalages. De l’argent, ils en avaient, mais il n’y
avait rien à acheter
Là on aurait déjà
pu comprendre : « Le goulot d’étranglement, ce sont les biens, ce n’est
pas l’argent ! » Parce que l’argent suit toujours la quantité des
biens. Quand nous produisons beaucoup de biens, alors il y a beaucoup d’argent
en circulation. Quand nous avons beaucoup de confiance en la productivité de la
société, il y a aussi beaucoup d’argent en circulation. Mais l’argent n’a
aucune valeur du moment où il n’y a pas de biens à acheter. L’argent n’a en fait aucune valeur, c’est
juste la supposition que l’on peut recevoir un bien en échange.
Et dans un contexte
où il y a une telle abondance de biens, nous devrions nous demander pourquoi
nous nous permettons la pauvreté des enfants. Pourquoi acceptons-nous toute
cette pauvreté ?
Pourquoi pensons-nous
ne pas pouvoir nous offrir des prestations nécessaires ? Pourquoi
pensons-nous ne pas pouvoir financer la réparation de nos routes, quand dans le
même temps les entreprises de travaux publics manquent de contrats ?
Il y a une
citation malheureusement peu connue de Oswald von Nell-Breuning, ce philosophe
social catholique qui devint centenaire, qui disait : « Tout ce qui peut être produit est également finançable ».
Vint ensuite une
phrase complémentaire essentielle : « ...à
condition que l’on ait la bonne volonté pour cela !... »
Autre éclairage
percutant ! Nous aurions déjà pu apprendre de la crise du charbon.
1958, j’avais 14 ans en ce temps-là : la crise du charbon vint très subitement, en pleine période du miracle économique allemand : subitement, le charbon ne s’est plus vendu ! Vraiment ! Subitement ! C’est un fait historique très intéressant et totalement surprenant pour la conscience sociale. Et je peux encore me rappeler avec mes 14 ans, comment les mineurs de la région de la Ruhr ont manifesté pour leurs places de travail, avec leurs fanfares aux avant-postes.
1958, j’avais 14 ans en ce temps-là : la crise du charbon vint très subitement, en pleine période du miracle économique allemand : subitement, le charbon ne s’est plus vendu ! Vraiment ! Subitement ! C’est un fait historique très intéressant et totalement surprenant pour la conscience sociale. Et je peux encore me rappeler avec mes 14 ans, comment les mineurs de la région de la Ruhr ont manifesté pour leurs places de travail, avec leurs fanfares aux avant-postes.
Et je me rappelle
également que mon père disait : « Eh Götz, ils ne manifestent pas pour leurs places de travail : à
3000 m de profondeur, par 38 °C, travailler sous des conditions hostiles,
ce n’est pas particulièrement plaisant ! …ils manifestent pour leurs revenus. Parce que de leurs revenus, ils
en ont besoin ».
Comme gamin de 14
ans, on n’a pas encore de préjugé, en tout cas peu de préjugés. Et cela m’a
semblé assez clair : eh bien oui c’est logique, ils ne manifestent pas pour une place de travail. Ils manifestaient
pour une place de revenu.
N’est ce pas une
énorme erreur sociale ? Vous pouvez suivre : crise du charbon, crise
de l’acier, crise de l’automobile – Opel, le nouvel exemple.
On répète
toujours la même erreur. Nous disons : « Les places de travail
doivent absolument être conservées ». Non pas qu’on ait pressement besoin
d’automobiles – il y a là une énorme suroffre – mais parce que les gens ont
besoin de leur revenu.
Il faut repenser le duo travail/revenu. Ce paradigme fatal qui lie ces deux notions
nous tient au collet. C’est un réel problème. Si vous pouvez vous ouvrir à l’idée
d’un tel découplage dans votre manière d’observer la société, vous allez constater
que ce paradigme est un non-sens.
Imaginez maintenant
avec un nouvel angle d’observation, la manière dont nous raisonnons
actuellement : pensez la place de travail comme une place de revenu. Quelle
conséquence, quelle conséquence individuelle, cela a-t-il quand un individu n’a
pas de place de travail, mais uniquement une place de revenu. Alors il fait son
travail non pas parce qu’il voit un sens à ce travail, mais parce qu’il a un
besoin pressant de revenu. Et ce non seulement pendant une semaine, mais pendant
cinq ans, dix ans, 20 ans, 30 ans ; il fait quelque chose en quoi il ne
voit pas de sens mais uniquement parce qu’il a un besoin pressant de revenu.
Qu’est ce que
cela a comme conséquence ? Vous êtes venu sur terre comme individu, pour
entreprendre quelque chose. Quand vous avez dix ans vous comprenez qu’un
travail est quelque chose qui est bien payé. Et puis vous faites toute la vie
durant quelque chose en quoi vous ne voyez aucun sens !
N’est ce pas une
catastrophe ? Et n’y a-t-il pas un rapport avec la santé de notre peuple ?
Avec la santé de notre âme ?
Je vous propose
de regarder une fois le « sociotope » dans lequel vous vivez :
qu’en est-il des gens que vous connaissez ? Ont-ils une place de travail ?
Ou uniquement une place de revenu ?
Tous les efforts
du responsable du personnel dans une entreprise doivent être concentrés à se
demander qui a chez lui une place de travail et qui n’a qu’une place de revenu ?
Et le devoir du management est de veiller à créer les conditions telles qu’une
place de revenu devienne une place de travail. Que l’individu puisse faire
quelque chose qui a un sens pour lui.
Imaginez-vous maintenant que nous dissolvions ce
paradigme, qui dit que seul celui qui travaille a le droit de recevoir un
revenu. Nous effaçons ce
paradigme. Nous disons de part notre expérience que ce sont deux choses bien distinctes :
1. les hommes ont besoin d’un revenu afin de pouvoir vivre; 2. les hommes ont
besoin d’une place de travail, les hommes veulent trouver du travail, parce qu’ils
veulent se développer ! Parce que c’est dans le travail que nous
grandissons au-delà de nous-mêmes. Pour cela nous avons besoin de la
collectivité. Solitaire, en ermite, vous ne pouvez pas grandir au-delà de
vous-mêmes. Nous avons besoin de la collectivité pour cela.
Si nous avions ce
nouveau point de vue, ce serait alors évident, nous dirions :
« Bien : le fondement pour un revenu est
le simple fait de vivre. Le fondement pour le travail est que nous y voyions un
sens. »
Rappelez-vous maintenant
ce que je disais au début, « productivité »/ « réceptivité »,
et considérez le contexte présent : je tiens une conférence, ici, devant
vous :
le travail n’apparaît
que lorsque moi, en tant que « producteur » y vois un sens – … de tenir
une conférence devant vous. Si je n’y voyais pas de sens aujourd’hui,... ma
prestation serait mauvaise !! Mais parce que j’y vois un sens, alors je
tiens cette conférence de 11h à midi.
Et, vous, si vous
n’estimiez pas mon exposé, si vous n’étiez pas intéressés par ce que je raconte,
si vous me faisiez comprendre de part vos autres occupations que ce que je
raconte ne vous intéresse pas, et si la salle se vidait après 10 mn, j’aurais dû
cessé mon travail.
Donc pour le travail, on a toujours besoin de deux
parties : celle qui l’engendre, elle doit y voir un sens, et celle qui le
sollicite, elle doit y voir de la valeur.
Mais ici encore,
nous avons un grave problème de société : beaucoup de gens pensent qu’ils
travaillent pour eux-mêmes ! Il y a aussi beaucoup de gens qui pensent qu’ils
vivent de leur revenu. C’est une erreur !!
Avez-vous déjà pu
observer que l’on pouvait vivre de son revenu ?
Et bien moi pas !
Depuis les 66 années que je suis sur terre : je vis toujours des prestations des autres. Je vis toujours du
travail des autres. Je compte toujours sur le fait que d’autres soient actifs
pour moi. Je compte sur cela, j’ai confiance en ceci que d’autres soient actifs
pour moi.
Et je dois
compter sur le fait que d’autres comptent sur mon activité pour eux-mêmes.
La réalité
sociale dans laquelle nous vivons aujourd’hui, c’est que nous sommes toujours
actifs pour les autres. On pourrait dire : l’économie, c’est être actif
pour les autres. C’est toujours travailler les uns pour les autres. Et si vous
ne trouvez pas de clients, votre travail est obsolète.
Et si vous-mêmes
ne voyez pas de sens à votre travail... et bien vous feriez mieux d’arrêter.
Votre travail serait de plus en plus mauvais. Les clients s’en iraient.
Alors au moment où
vous pensez que vous travaillez parce que vous voulez vivre, vous pouvez vous
dire que c’est une erreur : Vivre,
je ne le peux que parce que d’autres travaillent pour moi ! Les autres
peuvent vivre parce que je travaille pour eux.
J’espère que ce n’est
pas trop compliqué ; vous pouvez facilement observer dans la société cette
réalité d’individus approvisionnés par les autres et approvisionnant les
autres. C’est ce que nous sommes.
Si maintenant,
nous pouvions saisir cela, non seulement comme une possibilité de penser mais
aussi de sentir, si nous pouvions l’éprouver dans nos cœurs, dans nos âmes,
nous aurions une toute autre situation dans la société. Nous pourrions par
exemple avoir bien plus d’estime dans notre société pour ce qui est fait autour
de nous. Malheureusement aujourd’hui, nous pouvons dire que notre société pâtit
du fait que nous méprisions beaucoup ce qui est fait autour de nous.
Vous rendez-vous
compte de la force de la reconnaissance, je ne parle pas de politesse mais bien
de reconnaissance quand nous disons que ce que notre prochain fait est
nécessaire, je suis content qu’il le fasse !
Je suis reconnaissant ! Parce que s’il ne le
faisait pas, il faudrait bien que je le fasse moi-même ! Je le remercie
pour cela.
Cette estime
favorise le potentiel d’auto-motivation.
Cela, on l’apprend
assez rapidement en tant qu’entrepreneur, si on ne s’est pas endormi : les
gens deviennent volontiers actifs quand ils ont l’impression qu’on les estime
pour leur productivité, qu’on ne les regarde pas comme un facteur de coûts.
C’est un autre problème
dans notre situation sociale de regarder les hommes et les femmes comme des
facteurs de coûts.
Mais considérer
dans une entreprise que les employés sont des facteurs de coûts, c’est une pure
erreur de raisonnement. Par l’observation, par la perception,… vous ne pouvez
aucunement démontrer cette ineptie. Il n’y a rien d’empirique non plus. C’est une
pure illusion, c’est une hallucination. Mais l’illusion est tellement forte qu’elle
conditionne toute notre vie, qu’elle conditionne la réalité de notre société :
l’homme et la femme considérés dans l’entreprise comme facteur de coût !
Les coûts
réduisent le résultat, d’accord ? Mais les gens conduisent l’entreprise au
résultat. Imaginez une filiale DM, il y en a une juste en face d’ailleurs. Si
mes collègues n’étaient pas là, le magasin serait fermé ! Il ne se
passerait rien.
Il ne peut y
avoir quelque chose dans la caisse que s’ils sont là, que s’ils sont actifs. Et
c’est ainsi dans notre société toute entière. Donnons-nous assez d’estime à
tout cela ? Donner cette estime est
si importante.
Un autre exemple...
réfléchissez au travail familial. Quelle mère n’a jamais entendu – la plupart
du temps de par une amie, c’est très intéressant ce phénomène ! – :
« dis-donc, tu travailles toi ? Ou es-tu à la maison avec tes enfants ? »
Le monsieur
Sarrazin – qui semble être un artiste du social bien particulier – m’a dit une
fois dans un talkshow – c’est pour cela que je me permets de le citer crûment – :
« Mr Werner, vous avec votre revenu de base, rendez-vous compte :
prenez deux personnes qui se mettent ensemble, qui font dix enfants, et ils
vivent alors dans l’opulence avec le revenu de base. »
Alors je lui ai
seulement dit tout ahuri,... – en plus il y avait tous ces gens qui l’ont
encore applaudi !! Vous savez, il y a toujours cette rangée d’applaudisseurs
dans ces talkshows, formatée avant le débat sur quel signal elle doit
applaudir !. – ...oui, alors je lui ai dit : « Ne pensez vous pas
que dix enfants, c’est énormément de travail ? » Imaginez-vous, ce serait
peut être bien qu’il s’en trouve quelques-uns qui se mettent ensemble et se
disent : « Voyons à ce qu’on mette au monde une dizaine de jeunes
bloggeurs pour enflammer la société !! » C’est un travail
considérable. Evidemment, ils ne doivent pas le faire s’ils n’y voient pas un
sens. Mais ils ne peuvent le faire que s’ils disposent des revenus
correspondants afin de bénéficier des conditions de vie dont ils ont besoin, et
afin de préparer de façon adéquate leurs dix enfants à leurs futures vies, pour
qu’ils puissent à leur tour, après une éducation réussie, entrer dans leur
auto-éducation. Ainsi va la vie.
Pour cela, la
société doit créer ses « conditions générales »... et ce raisonnement
vraiment banal est celui du revenu de base ! Et là, je dois vous avertir :
cela ne se passera que si la société considère cette idée comme évidente.
Toute mon
espérance aujourd’hui est qu’ils y en aient quelques uns parmi vous qui disent :
« Je suis certes très sceptique, c’est assez inhabituel, cette idée. Mais
je suis prêt à outrepasser les bornes de mon expérience et de mes réflexions, et
mettre mes préjugés de côté : je suis prêt à observer la société avec une plus
grande ouverture d’esprit, et à me demander si cette idée n’est pas une perspective sociale, une bonne étoile
pour la société qu’il vaudrait le coup de suivre ».
Si cela pouvait
être le cas parmi vous, alors cette conférence aurait non seulement eu du sens,
elle serait aussi un succès. Ce succès serait que vous commenciez à regarder
dans la société et que vous commenciez à rêver ! À rêver ! Ce succès
serait que vous regardiez dans la société et que vous disiez :
« Effectivement, ça a du sens ! »
Et vous commencez alors à rêver et vous vous demandez : « Comment cela aurait-il été si j’étais venu au monde avec un tel revenu de base ? Une sorte d’argent d’accueil pour mes parents... Mes parents n’auraient-ils pas eu d’autres genres de soucis. Et si j’avais pu passer la majorité avec un tel revenu de base ? Aurais-je exercé le même métier ? L’affrontement qu’il y a eu avec mes parents aurait-il eu lieu de la même manière ? Alors que je revendiquais ce qu’au fond je voulais, tout cela ne se serait-il pas passé différemment ?
Et vous commencez alors à rêver et vous vous demandez : « Comment cela aurait-il été si j’étais venu au monde avec un tel revenu de base ? Une sorte d’argent d’accueil pour mes parents... Mes parents n’auraient-ils pas eu d’autres genres de soucis. Et si j’avais pu passer la majorité avec un tel revenu de base ? Aurais-je exercé le même métier ? L’affrontement qu’il y a eu avec mes parents aurait-il eu lieu de la même manière ? Alors que je revendiquais ce qu’au fond je voulais, tout cela ne se serait-il pas passé différemment ?
Et aujourd’hui,
mes relations ne seraient-elles pas toutes différentes ? Avec mon conjoint
ou ma conjointe, s’il ou elle avait un revenu de base ? Avec mes beaux
parents, si nous avions un revenu de base ? Et mes perspectives d’avenir ?
Si je pouvais compter sur un revenu de base, un droit constitutionnel, garanti,
du berceau au cercueil, de telle manière que je puisse vivre sereinement,
certes modestement mais dignement... non pas dans l’opulence, non, non ; pour
cela il faut quand même faire quelque chose. Mais simplement un revenu de base
que la société donnerait avec ces mots : « Parce que tu es une sœur,
un frère de notre société, pour cela tu as également le droit constitutionnel à
un revenu de base. » et avec la devise : « Et bien montre-nous ce que tu peux ! Entre donc dans la société !
Fait donc ce que tu vois, ce que tu crois être nécessaire, là où tu y vois un
sens. Non pas parce que tu le dois, mais parce que tu le veux ! »
Imaginez-vous un
instant une société où vous avez à faire avec des gens, qui font tous, potentiellement
– il y a toujours des exceptions à la règle –
potentiellement ce qu’ils font parce qu’ils le veulent et idéalement, ne
font pas ce qu’ils ne veulent pas faire. Ce serait une toute autre société.
Cette reconversion du devoir en vouloir.
Jean Jacques
Rousseau l’avait exprimé encore mieux. Il a dit : « La
liberté... » – Et là, vous noterez qu’il s’agit bien d’une question de
liberté – « La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais la
liberté, c’est la possibilité de ne pas devoir faire ce que l’on doit. »
Ce ne peut être qu’une
préoccupation personnelle intérieure que de se mettre en relation ou de
participer à la mise en place de ces relations qui nous amènent à faire ce en quoi
nous voyons un sens.
Je reviens à notre
histoire avec les écoliers. Cela va encore plus loin et il est temps que j’en
raconte davantage. Après l’épisode du travail se manifeste alors une petite
fille :
- Oui, oui... et
Maman, qui fait tout cela pour nous, elle n’aime généralement pas faire tout
cela.
Très justement
observé, pensais-je. Pas toujours un plaisir le travail à la maison, à côté de l’éducation
des enfants, disait-elle, du haut de ses 10 ans. « La Maman qui fait tout
cela pour nous, elle n’aime généralement pas faire tout cela ».
Et alors se
manifeste un garçon :
- Oui, mais
la Maman, elle le fait parce qu’elle nous aime !
Y a-t-il une
autre raison à cela ? La question n’est donc pas si nous faisons ce que
nous faisons avec plus ou moins de plaisir mais bien si nous y voyons un sens.
Le motif de l’amour peut donner un tel sens.
Ainsi, on ne peut
jamais assez aimer ses clients :). Eh oui, il y a bien une différence :
en tant que fournisseur des autres, vous êtes actifs pour des clients, et en
tant qu’auto-fournisseur, vous êtes actifs pour vous-mêmes, et cette erreur de
raisonnement qui nous fait croire que nous sommes actifs pour nous-mêmes, nous
conduit à perdre nos clients de vue !
Dans la réalité
sociale, il y a des milliers d’années jusqu’à il y a à peine quelques dizaines
d’années, – nous pouvons encore le voir dans certains pays développés – l’autosuffisance
dominait, les hommes, ensemble avec leur famille, à même le sol et contre la
nature ingrate, étaient actifs pour eux-mêmes. Cette situation sociale était
complètement différente de la nôtre, aujourd’hui !
Nous sommes désormais liés à des hommes et des
femmes, que nous ne connaissons pas toujours, dans une complexe chaîne de production
de valeurs planétaire.
Nous sommes toujours
actifs pour d’autres que nous ne connaissons peut être pas du tout. On peut
travailler chez Mercedes, à Stuttgart, et se retrouver en Argentine à dire :
« Regarde
là, celle-là, on l’a construite chez nous. Là où je suis actif, nous
construisons ces trucs. On est tout content que le chauffeur apprécie « la
meilleure voiture que j’ai jamais conduite ! ». En retour, ce dernier
a généré le revenu. Vers l’avant, vous avez le service, vous avez généré un
service, et en retour vers vous, est généré le revenu : un processus de
création de valeur tout autour de la Terre. Une réalité complètement différente
d’il y a encore 150 ans.
Et quand on prend
conscience de tout ce processus, il nous paraît toujours plus évident,
intérieurement, que cette idée modifierait notre société.
L’idée du revenu de base présuppose une révolution
dans la tête.
Si chacun de
nous, en tant que souverain de cette société – les souverains ne sont pas les
experts, ni les politiciens, ni les bloggeurs mais bien chacun de nous –
pouvait commencer à reprendre cette réflexion, à repenser cette révolution !
Comment dit-on encore ? La tête est ronde pour que les idées puissent
changer de direction.
Si nous ne sommes
pas capables d’opérer cette révolution dans nos têtes, alors rien ne changera,
il ne faudra pas se plaindre. Ça continuera exactement comme aujourd’hui. Et si
ça continue comme aujourd’hui, ça dégringole. C’est toujours comme cela :
quand ça continue comme « aujourd’hui », ça dégringole. C’est une loi
de la création, n’est-ce pas ? Cela a toujours été ainsi. Goethe l’énonce
comme signal du pari entre Faust et Méphisto : « … si jamais je dis à
l’instant, attarde-toi, tu es si beau !... » Tout est là-dedans !
La question est: êtes-vous
prêt à vous mouvoir dans le monde avec cette question ouverte personnelle ?
Je peux vous
conseiller, si une fois vous vous ennuyez, peu importe où vous soyez, lors d’une
réunion de famille, ou bien..., une réunion de collègues, parlez du revenu de
base. :)
Je vous le
garantis, la soirée est assurée. C’est le premier effet. Pour le deuxième, là
je dois vous mettre en garde.
En général, on
est avec des gens en qui on a confiance, on se sent en confiance, et tout à
coup, on remarque en parlant du revenu de base : « Mon de Dieu, il a
une image de l’homme, là j’en ai le souffle coupé. Je suis sidéré. » Il y
en a en effet qui disent : « Plus personne ne travaillera ».
Et alors si vous
réagissez, s’il vous plaît faites donc comme je le fais toujours, lorsque
quelqu’un prétend : « Oui, avec le revenu de base plus personne ne
travaillerait » – vous voyez d’ailleurs, il fait automatiquement ce
rapport : travail=revenu – demandez dans la foulée : « Et toi, que ferais-tu ? »
Je parie... à
tous les coups... – c’est l’absolue exception que quelqu’un dise : « Je
n’attends que cela, le hamac est déjà préparé, dare-dare je disparais en
forêt... » – à tous les coups il dira « Evidemment, je sais ce de
quoi il retourne. C’est sûr ! … »
Ce que l’on
remarque avec cela, c’est que la plupart des hommes ont deux images de l’homme
en eux, l’une d’eux-mêmes, l’image « humaniste », vous pouvez l’observer :
l’humaniste.
Et vous avez la
deuxième, c’est l’image de l’homme qu’ils ont de leurs semblables : la
matérialiste. Une image matérialiste, c’est-à-dire que l’homme est un être
déterminé par ses pulsions et c’est exactement comme cela que nous voyons nos
semblables.
Prenez par
exemple le domaine de la publicité. Je dis toujours à mes étudiants :
« Prenez n’importe quel magasin, parcourez les publicités, et
demandez-vous quelle image de l’homme se trouve derrière. » Vous pouvez le
montrer, à 95% l’homme y est un être déterminé par ses pulsions. Vous pouvez
regardez vous-mêmes.
Mais je n’ai
jamais trouvé d’homme – et avec vous ce serait exactement pareil – qui ne
réponde pas à la question : « Vous sentez vous comme un être
déterminé par ses pulsions ? » par « Ça ne va pas la
tête !!! ».
C’est très
intéressant, non ? Et avec cette image de l’homme matérialiste, vient la
maxime « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ».
Vous connaissez n’est
ce pas ? « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ».
Et c’est reconnu socialement ! C’est écrit dans l’accord de la coalition –
entre les lignes ! – : « La confiance c’est bien, le contrôle c’est
mieux »
Mais enfin,
comment voulez vous... réfléchissons sérieusement :
« La
confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ». Cela ne peut que
signifier : « Confiance pour moi, contrôle pour vous. » Ou
inversement ?? Comment voulez vous fonder une communauté de vie avec
ça ? Avec votre femme, avec votre homme ? Avec une telle devise :
« Confiance pour moi, contrôle pour toi » ?
C’est totalement
exact que l’on essaie souvent cela, ce n’est pas ce que je remets en question
mais ça ne peut être le but. Avec cela, vous ne pouvez pas former de socialité.
Imaginez : nous avons 1200 filiales DM en Allemagne comme celle d’en face,
et si je prenais au sérieux, « La confiance c’est bien, le contrôle c’est
mieux » : je ne pourrais même plus dormir. Avec tout ce qui peut se
passer dans 1200 filiales... la conséquence serait une caméra vidéo à chaque
coin. Oh oui, ça existe, mais ça n’est pas une solution à la longue. Ça n’apporte
que des soucis avec l’opinion publique. Qui devrait alors s’occuper de... ah
non, ça ne va pas du tout.
Nous ne pourrions
même pas vivre... enfin, là où je veux en venir : le principe du partage
du travail ne fonctionne que si l’on a confiance au fait que l’autre fournira concrètement
sa prestation. Tant et si bien que notre maxime de vie ne saurait jamais être
« La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux », bien que vous
connaissiez tous cette maxime – j’espère que seul une minorité d’entre vous en
font leur propre slogan. Au contraire, la maxime devrait être – Il y a cette
belle parole de Freiherr von Stein – : « La confiance ennoblit l’homme, l’éternelle tutelle l’empêche de
mûrir ».
Et le revenu de
base est l’expression de la confiance. Il dit : « Nous t’assurons tes
besoins de base, pour que tu puisses vivre modestement mais dignement, et alors
montre ce que tu peux. » ... « La confiance ennoblit l’homme, l’éternelle
tutelle l’empêche de mûrir ». Et nous ne nous mêlons de rien. Tu fais
comme tu veux. Tu es responsable pour
toi-même. A la fin, tu dois seul te poser la question : « Ai-je
bien manié tous ces talents, qui m’ont été donné. »
Le Christ ne
demandera pas le jour du jugement... cela vous arrivera à vous aussi,
fatalement, toute biographie est une histoire hautement dramatique qui finit, à
coup sûr par la mort. Il demandera : « Qu’as tu fait de tes talents ? »
Il ne demandera pas :
« Pourquoi
as-tu eu tant de talents ? » Il ne fera pas comme reproche au
cultivateur : « Pourquoi as-tu généré autant de revenu ? »
Mais plus justement : « Qu’as-tu fait de tes revenus ? T’en
es-tu servi de manière responsable ? » C’est aussi comme ça avec le
revenu de base.
Pour finir, une
phrase de conclusion que vous pouvez adopter pour toute votre vie, elle en vaut
la chandelle ; et facilite bien le travail... elle simplifie beaucoup le
travail. On voit beaucoup de gens venir avec des requêtes, et on a soi-même des
demandes desquelles on discute, des problèmes dont on parle. De mon côté, je me
suis habitué à une méthode d’opérer, et si on veut la traduire avec une
formule, ce serait :
« Celui qui veut, trouve des chemins ;
celui qui ne veut pas, trouve des excuses. »
Et vraiment, vous
vous allégez la tâche si vous demandez tout de suite : Voulez-vous
vraiment ? Voulez-vous ? Voulez-vous
que nous changions quelque chose ? Ou voulez-vous simplement me faire
comprendre que tout ne peux que rester comme aujourd’hui ? Que
vous-trouviez des excuses à cela, je vous fais confiance. Ce n’est qu’une
question de fantaisie.
Mais ce qui est
décisif est ce que nous voulons les uns avec les autres.
« Qui veut
trouve des chemins; qui ne veux pas trouve des excuses. »
Et ceci s’applique
pareillement aux réflexions sur le revenu de base.
Questions-Réponses
(1er
intervenant) - Merci, je crois que je peux très bien suivre votre idée du
changement de paradigme, ce découplage du travail et du revenu. Je crois que c’est
très semblable à l’idée de l’open-source, que l’on ne travaille pas pour de l’argent
mais pour d’autres gratifications. C’est très bien représenté dans la scène
bloggeurs/Wikipedia. Je crois que vous énoncez quelque chose de bien connu ici,
et que beaucoup d’entre nous sommes tout à fait de votre avis. J’ai aussi lu
votre livre ; mais ce qui ne me convainc pas – je trouve les pensées très
sympathiques, pleinement d’accord avec vous – mais ce qui personnellement ne me
plait pas, c’est de nouveau cet appel au Père Etat : bureaucratie d’Etat,
impôts, puis redistribution. Car l’expérience et l’histoire montre que l’Etat,
cette bureaucratie, ce monopole hiérarchique, a toujours très mal fonctionné
comme machine de redistribution sociale. Il y a toujours des abus de pouvoir.
Alors n’y aurait-il pas une méthode sans bureaucratie d’Etat, sans ce que nous
avons eu jusqu’a présent : un état social dictant d’en haut et qui invite
toujours et encore à de nouveaux abus ? N’y aurait-il pas un procédé plus
intelligent pour découpler travail et revenu ? -
(WG) - Peut être
y en aura-t-il un à qui viendra une idée. Mais je pense que dans la société, nous
devons nous poser la question : Quel est donc la tâche de la collectivité ?
La collectivité à la tâche de veiller à ce que le collectif soit constitué. Et
dès lors qu’on est actif à l’étranger, on constate combien on est reconnaissant
quand un appareil d’état fonctionne un minimum. L’infrastructure, prenons ce
terme, est donc nécessaire. Prenons un exemple plus simple : vous tous
prenez part au trafic routier. Imaginez maintenant le trafic routier, la
circulation individuelle qui nous procure cette énorme liberté – c’est vraiment
fondateur d’une grande liberté cette circulation individuelle – sans que l’état
ne pose les règles, le code de la route et veille à leur application, se préoccupe
des routes, les améliore – prochainement, espérons le. Cette infrastructure ne
restreint pas la liberté, mais la promeut. Au moment où elle disparaîtrait, en
l’espace d’une journée, de deux heures même, l’ensemble de la circulation
routière serait paralysé. L’Etat renverrait les fonctionnaires, retirerait les
panneaux de signalisation...
Elle est
nécessaire.
Ou bien, imaginez
le championnat de football, on dirait :
« Aux
joueurs de créer le jeu, pas d’arbitres, pas de règles non plus ». Le jeu
se déliterait.
(2ème
intervenante) - Oui, j’ai aussi une question mais avant je voudrais dire à mon
prédécesseur qui a affirmé ici que l’Etat social invite à des abus que c’est
polémique. Il y a des chiffres qui montrent clairement que cela ne concerne qu’une
minorité. Je ne crois pas que l’on ait besoin d’un dénigrement des
bénéficiaires de Hartz IV.
(WG) - Oui, vous
ne pouvez pas non plus juger des règles de la circulation routière aux nombres
d’accidents de la route !
(2e i.) - Je trouve
tout cela très intéressant mais je vais exprimer mon doute, je pense que la
majorité ici ne fait pas volontiers son travail. On aurait pu faire un sondage
afin que les gens se manifestent. Je trouve tout ça très intéressant ce que
vous avez dit, mais je trouve que vous n’avez pas assez prouvé ce que vous avez
énoncé et simplement pris pour acquis.
Nous vivons dans
une société où le travail est vraiment quelque chose de terrible. Le travail n’a
pas vraiment de sens pour beaucoup. Je ne trouve pas bien que d’une part, vous
ne le démontrez pas, et d’autre part, que vous ne nous dites pas comment ce
revenu de base doit être financé. Naturellement, c’est toujours juste d’avoir
de grandes visions mais je trouve aussi problématique d’amener une politique
qui ne se fonde pas sur des vérités mais plane plutôt de façon charismatique.
Je n’y vois pas grand sens. Je comprends bien qu’on dise qu’on a besoin d’une
amélioration du Hartz IV, mais je trouve que vous ne prouvez rien de votre
côté, que vous ne faites qu’énoncer des choses et dites simplement que c’est
ainsi. On pourrait croire que la seule chose qui vous intéresse, c’est de ne
pas devoir payer vos charges patronales...
(WG) - Je ne
répondrai pas à cette dernière insinuation. Mais au « pourquoi je ne
démontre pas », oui.
Excusez-moi :
je vous fais une suggestion ! Et vous, vous devez vous demander ce que
vous en faites. Ma démarche, ma méthode n’est aucunement de vous dispenser des
réponses. Mais ma méthode est d’éveiller des questions chez vous. Et alors vous
pouvez vous-mêmes observer, vous pouvez vous-mêmes vous demander, est-ce
vraiment comme le Werner a dit. Alors vous pourrez peut-être vous dire :
« C’était bien drôle mais en réalité, c’est tout autrement. » ou bien
vous dire : « ça devient évident pour moi ». Ce qui est décisif, ce n’est pas avec
combien de réponses vous sortez. Mais avec combien de questions vous sortez !
Et puisque vous êtes tous au cœur de cette expérience hautement captivante qu’est
la vie, vous pouvez vous-mêmes répondre à ces questions. Si vous le voulez bien !
Celui qui demande, cherche également… et trouve une voie.
Quant au
financement, c’est très facile. Oui… vous vous imaginez bien que la question m’a
déjà été posée des milliers de fois. Et on peut le dire tout bêtement : c’est déjà financé !
Le fait que vous
soyez assis là est la preuve que vous avez un revenu.
Non ? Vous
tous, vous avez un revenu. On ne peut tout simplement pas vivre dans la société
sans un revenu et les gens qui n’ont pas de revenu doivent en attirer un par
des procédures très compliquées, chères, qui en plus mettent les personnes dans
la détresse. On appelle cela notre aide sociale. Notre aide sociale, Hartz IV,
ce n’est rien d’autre qu’un revenu de
base...conditionnel.
La nouveauté de l’idée, c’est que ce soit donné
inconditionnellement ! Jusqu’à une certaine hauteur. Donc, peu de choses changeraient. On dirait :
tout reste comme c’est. Toute l’aide sociale, le livre des lois avec les choses
plus ou moins sensées qu’on a façonnées, et la société dit : « Les
1000 premiers euros c’est ton revenu de base, c’est ainsi couvert. Si
maintenant tu veux plus d’aide sociale, tu dois donner des preuves. »
Si maintenant tu
as une maladie qui t’amène à avoir besoin de 5000 Euros – il y a de telles
maladies – alors tu dois justifier que tu es malade pour percevoir une aide. C’est
ainsi conditionné. C’est une pensée toute simple. Tout le reste est déjà
financé depuis longtemps, sinon vous ne pourriez pas vivre. Cela ne doit pas
être financé en plus. Seulement ceux qui auraient moins que 1000 Euros, ils
devraient recevoir plus. Dans notre société, ils sont beaucoup trop. Mais, Dieu
soit loué, ils sont très peu. Et vous arrivez à un ordre de grandeur de 35 à 40
milliards d’euros selon la manière de calculer, comme le montre le mémoire de
thèse de M.Presse, que vous pouvez d’ailleurs obtenir aux presses de l’université
de Karlsruhe (Universitätsverlag Karlsruhe) et pour lequel il avait reçu un 1.
C’est au regard
des besoins qu’a la banque de l’Etat de Berlin, fort peu!
Et pour répondre à la dame : oui, les biens sont déjà disponibles. Nous avons tellement d’excédents que nous pouvons satisfaire une demande supplémentaire de 35 milliards. Cela vous pouvez le constater de vos propres yeux quand vous allez dans nos magasins. Croyez-moi, nous avons tant de marchandises que nous nous devons de vendre... Et vous n’avez pas à avoir peur que le magasin soit vide alors que vous avez besoin de quelque chose ! Non. Quand c’est scanné à la caisse, c’est déjà commandé et le fournisseur se réjouit déjà de pouvoir livrer. Cela réjouit les gens qu’ils puissent livrer. C’est une nouvelle situation ! Autrefois on avait toujours la pénurie mais nous pensons aujourd’hui encore émotionnellement à la pénurie, alors que ça n’a absolument plus aucun sens.
Et pour répondre à la dame : oui, les biens sont déjà disponibles. Nous avons tellement d’excédents que nous pouvons satisfaire une demande supplémentaire de 35 milliards. Cela vous pouvez le constater de vos propres yeux quand vous allez dans nos magasins. Croyez-moi, nous avons tant de marchandises que nous nous devons de vendre... Et vous n’avez pas à avoir peur que le magasin soit vide alors que vous avez besoin de quelque chose ! Non. Quand c’est scanné à la caisse, c’est déjà commandé et le fournisseur se réjouit déjà de pouvoir livrer. Cela réjouit les gens qu’ils puissent livrer. C’est une nouvelle situation ! Autrefois on avait toujours la pénurie mais nous pensons aujourd’hui encore émotionnellement à la pénurie, alors que ça n’a absolument plus aucun sens.
(3ème intervenant)
- L’exposé m’a beaucoup diverti. J’ai aussi beaucoup de questions. Une d’entre
elles est liée à ce que vous nommez biens et services et plus particulièrement
à cet excédent de biens et de services. Cette situation ne tient-elle pas à ce
système capitaliste qui se base sur l’exploitation ?
Si nous
introduisons un revenu de base dans cette situation, et ce malgré les
inégalités matérielles existantes, n’y a-t-il pas un risque que ces inégalités
ne s’en trouvent que plus figées ?
Je peux m’imaginer
que nous avons beaucoup d’argent et que nous pouvons l’utiliser autrement. Et
là – et je contredis l’intervenant précédent – je pense qu’il est important que
la société réfléchisse non seulement pour la société allemande mais également
de façon globale, comment utiliser cet argent constructivement. Ce que je ne
sais pas, c’est si cela est possible dans notre système, ça je ne le sais pas.
On pourrait dire,
on efface tout et on recommence, tout le monde dans les starting-blocks, tous
avec le revenu de base. Tous ont un revenu, à manger, un toit – pas seulement
en Allemagne – tout est en place pour que chacun puisse apporter sa part à la
société. Mais vous l’avez dit, chacun a sa propre image de l’homme, et je ne
crois pas que l’homme abandonnera son envie d’« encore plus », que la
société trouve un nouveau visage.
Ça, je ne le
crois pas.
(WG) - Oui !
Ce sera exactement comme aujourd’hui. Cela continuera. Mais ! Mais, l’individu
se retrouvera dans une position, celle que le revenu de base lui donne – une
vie digne : il sera alors en mesure de dire : non ! De dire non,
là où il pense devoir le faire. L’employé du DM d’en face, avec son revenu de
base, il pourra se demander : « Est ce que je veux encore travailler
ici, après tout ? » Il aura un vrai choix.
(3e i.) - Mais il ne
pourra pas viser plus haut à ce moment ou alors il devra essayer autre chose ?
(WG) - Il devra
trouver quelque chose à faire pour ce quoi il recevra quelque chose de la
société en retour
(3e i.) - Qui
travaillera chez DM alors ?
(WG) - Ceux qui y
voient un sens.
(3e i.) - Je vois
aussi un sens mais je veux également être rémunéré pour ce que je fais. J’y
vois une valeur. Je veux une contrepartie.
(WG) - Evidemment !
Et c’est pour cela que vous ferez ce travail seulement si vous recevez un
revenu en échange.
Dans une société
où chacun dépend du travail des autres, vous avez uniquement 3 possibilités
pour que le travail dont vous avez besoin soit effectué :
1. vous proposez une place de travail attractive,
2. vous automatisez le travail,
3. vous faites le travail vous-même.
1. vous proposez une place de travail attractive,
2. vous automatisez le travail,
3. vous faites le travail vous-même.
Vous devez donc
créer une place de travail attractive, dans laquelle des personnes y voient un
sens et estiment le travail à réaliser. C’est toujours comme ça, ça ne peut pas
marcher autrement.
Quant au système
dont vous parlez de manière nébuleuse, c’est le système tel que vous le voyez
vous-mêmes aujourd’hui. Mais
naturellement, la société se métamorphosera avec le revenu de base.
(4ème intervenant) - J’ai trouvé l’exposé
merveilleux. On peut évidemment se chamailler sur le financement ou encore l’image
de l’homme. Et on doit certainement le faire, c’est un long processus.
Par contre, je
pense qu’il est absolument nécessaire de penser, à côté des principes de
redistribution, d’organisation que le revenu de base apporterait et dont la
société a besoin, d’une autre forme de péréquation sociale : ce n’est pas
seulement que les couches sociales inférieures possèdent moins d’argent mais
elles ont également très souvent moins de formation, et de ce fait souvent
moins d’idées pour se réaliser soi-même. En sociologie, on parle de « ressources
identitaires » : je veux dire, ici nous sommes un public très
reconnaissant. Une bonne partie d’entre nous, se sont trouvés soi-même. Chacun
à sa manière, nous faisons ce que nous voulons faire. C’est ce qui nous donne
aussi notre réussite financière d’une manière ou d’une autre. Nous voyons notre
travail comme épanouissant. Que croyez-vous qu’il serait possible de faire dans
le sens de plus de formation, de création de ressources identitaires...
(WG) - Que chacun se demande simplement : que
pourrais-je faire de mieux si je recevais un revenu de base. Et il lui viendra
toutes sortes de choses.
(4e i.) - à moi oui, …
(WG) - à vous et à
tous les autres
(4e i.) - Mais… mais… mais...
qu’en est-il des couches sociales inférieures...
(WG) - Pourquoi parler
des couches sociales inférieures ? N’appartenez-vous point vous-mêmes à
ces couches sociales inférieures ?... Excusez-moi...
(4e i.) - Je dirais, du
point de vue des revenus, oui, mais quand on parle en sociologie de
précarité...
(WG) - Et bien, avec le revenu de base vous pourrez laisser de coté votre activité de bloggeur et devenir travailleur social !
(5ème intervenant) - Merci pour l’exposé.
Vous avez utilisé le concept « société ». J’ai eu l’impression que
vous en parliez en rapport avec une société d’état...
(WG) - « Société de citoyens », s’il vous plaît ! Le revenu de base va libérer énormément d’initiatives citoyennes. Imaginez : votre femme ne sera plus dépendante de vous. Le temps des initiatives...
(5e i.) - Désolé de
contredire votre préjugé, chez moi c’est malheureusement le contraire. :)
Alors OK pour la
société de citoyens. Mais le concept de société de citoyens telle que nous la
voyons aujourd’hui semble fortement lié à celui d’Etat. Pouvez-vous situer
votre concept dans le contexte d’une société mondiale ?
(WG) -Oui, oui. Tout comme l’Etat social de Bismarck fût une imposante innovation sociale, et pris comme modèle pour beaucoup d’autres Etats dans le monde, ce sera exactement la même chose avec le revenu de base. Ce sera une impulsion culturelle. L’Allemagne apporterait une impulsion culturelle dans le monde. Il y a déjà beaucoup d’initiatives, au Brésil, en Suisse, dans beaucoup d’autres pays... Vous allez voir, c’est pour ainsi dire, la suite logique de notre société de consommation.
Dans la société
agraire d’autrefois, il y avait le partage des terres : l’homme est libre
sur une terre libre. Il pouvait ainsi produire. C’est d’ailleurs dans ce sens que
l’apôtre Paul disait autrefois : « si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus ».
De la même manière demain, dans la société de
consommation : un homme sera libre parce qu’il disposera d’un revenu de
base.
(5e i.)- Vous le voyez
comment ? Un processus ascendant ou descendant ? Lorsque l’on regarde
le conseil de sécurité des Nations Unies...
(WG) - Les vents de changements dans la société soufflent toujours en provenance de la société. C’est pour cela que vous êtes si importants. Les politiques ne sont pas importants... car ils changeront au moment même où le vent de la société aura tourné.
Merci
Bonjour,
ReplyDeleteJe pense que vous serez intéressés par ce site:
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