Saturday, March 3, 2012

Le revenu de base inconditionnel par Götz Werner


- re:publica 2010 -
La rencontre re:publica est organisée pour et par des bloggeurs et autres netactivistes depuis 2006 à Berlin. Götz Werner, fervant activiste du revenu de base en Allemagne y a tenu un exposé très intéressant regroupant de solides arguments favorables à cette belle idée. Les sous-titres de http://revenudebase.free.fr/ ont été utilisés comme base du travail et retravaillés pour une lecture plus agréable, en laissant de côté les passages confus du débat. Bonne lecture



Introduction du modérateur : 

En 1973, il commence à agrandir une chaine de droguerie, les drogueries DM. Il exporte sa marque en Autriche, puis dans beaucoup d’autres pays de l’est européen, avec un succès incroyable et toujours actuel. À côté de cela, il s’est fait plus récemment auteur en écrivant un livre qui a été débattu de long en large dans tous les talkshows de la République Fédérale et ayant pour titre : «Un Revenu pour Tous». Mesdames et messieurs, il va vous en parler, je vous prie d’accueillir chaleureusement le professeur Götz Werner.


Götz Werner : Bonjour ! Chers « clientes », chers « clients »... Car aujourd’hui vous êtes mes clients, n’est-ce pas !? Vous êtes là parce que vous vous êtes dit : « Le Werner a certainement quelque chose de sensé à nous raconter. Attendons de voir », c’est comme ça que se comporte le client, non ?
Le client se dit : « Il va me donner quelque chose qui va m’intéresser ».
Et je suis venu à vous aujourd’hui parce que je me suis dit : « Déjà, il est peu probable qu’il n’y ait pas de monde dans la salle et il doit au moins en être quelques uns qui vont se dire de l’idée que je veux leur apporter : ‘Oh oui, ça m’intéresse’ ».

Ainsi je compte sur votre réceptivité et vous comptez sur ma productivité. C’est ainsi que ça se passe dans notre société ! Notre société a à sa base « productivité » et « réceptivité ».
Et ici dans cette salle, un « public bloggeur » est une groupe-cible idéal pour ce que j’ai à donner : vous êtes des gens ouverts, vous êtes des gens qui cherchent du neuf, de nouveaux chemins, de nouveaux médias. Mais aussi des gens actifs, qui ne commencent pas par attendre en se demandant : « Combien je vais être payé ? », mais des gens qui se lancent parce qu’ils voient un sens à ce qu’ils font ! C’est ce qui est intéressant chez vous !

Je suis venu ici pour parler de ce thème avec vous : de la question que chaque homme aimerait avoir en soi : « Dans quelle société voulons-nous vivre ? »

Est-ce que la « configuration » de cette société, ses « conditions générales » sont telles que les gens puissent y être actifs ?
On parle ici de la différence entre l’homme et l’animal : l’homme est un être d’activité. Un être d’ex‑pression. Nous essayons certes de nous en empêcher les uns les autres en voulant nous impressionner respectivement en permanence (!) mais au fond l’homme est un être d’expression. C’est un être qui veut se développer, qui veut écrire sa biographie, qui veut laisser ses empreintes, qui veut exprimer ses besoins existentiels individuels.

Alors : est-ce que notre société appelle en nous, plutôt notre côté non conformiste ou plutôt notre côté conformiste ? Ici j’ai bien sûr à faire avec un auditoire de potentiels non-conformistes. D’ailleurs, si nous étions encore au temps du rideau de fer, vous seriez entourés de collaborateurs de la STASI qui seraient chargés d’éviter que ce non-conformisme ne s’étende. Pourtant apporter du neuf dans le monde, c’est bien ça qui est passionnant. Et l’idée du revenu de base inconditionnel, c’est quelque chose de nouveau, c’est un changement de paradigme. Un changement de paradigme comme on ne peut pas se représenter fondamentalement.




Je vous emmène au cœur du problème : j’ai eu une expérience dans une école élémentaire à Stuttgart Möhringen, dans une classe de CM1, je devais lire un conte aux 38 élèves; c’était la période de l’Avent.
Je leur ai lu un joli conte. Ils étaient très attentifs, ils avaient tout bien préparés, j’avais un fauteuil en hauteur, il y avait les décorations de Noel; je me suis donc assis et j’ai lu. C’était d’ailleurs le conte « Les nouveaux habits de l’empereur », ça passait bien avec la crise financière !!
Et après le conte, (c’est pour cela que je vous en parle), la maitresse m’a dit : « Les enfants veulent encore vous poser quelques questions. »
Lors de la lecture, j’avais remarqué, assis tout près, devant moi, un enfant d’une dizaine d’années. Et assis comme seules les enfants peuvent l’être, concentré au plus haut point, sur l’extrême bord de sa chaise. Je l’avais déjà remarqué pendant la lecture.
Alors vint la première question, la deuxième question de différents élèves, puis vint le tour de celui-là. Et dans un ton sec, il demanda :
- Depuis quand travailles-tu dis donc ?
J’étais évidemment un peu perplexe, j’ai bu une petite gorgée, et puis j’ai demandé :
- Ah mais qu’est ce que c’est justement que le travail ?
Et là, ça n’a pas duré très longtemps, les enfants étaient rapidement d’accord et d’une voix, ils ont dit :
- Le travail, c’est ce qui est bien payé !   …  
Alors là ! J’en suis resté sans voix. J’étais un peu... Le travail c’est ce qui est bien payé... ???... Hmmm. Et puis j’ai alors recouvré ma voix et j’ai demandé :
- Ah booon... Ah boooon... Et alors qu’est ce que c’est quand c’est maman qui fait quelque chose pour vous ? Et comment c’est quand c’est papa qui fait quelque chose pour vous ? Et quand Mamie vous garde en fin de semaine ? Et vous aide à faire les devoirs ? Ce n’est pas du travail ?
- Euuuh !
Ils ont alors réfléchi :
- Si, c’est aussi du travail.

Mais d’où est-ce que les enfants ont-ils cela ? C’est très peu probable qu’ils soient venus au monde avec ces mots : « Le travail, c’est ce qui est bien payé »... Ils ont dû en faire l’expérience de part notre socialisation.

Mais sommes-nous vraiment d’accord que le travail, c’est ce qui est bien payé ? ... ça ne peut être qu’un malentendu !!! Mais le fait est que ce malentendu est tellement ancré dans notre société, qu’il conduit 40 enfants de dix ans à formuler une telle définition du travail.



Et c’est exactement le problème de notre société ! Nous mesurons la valeur du travail à sa rémunération. Et non pas au sens que ce travail a. Et cela vient du fait que nous couplons dans notre conscience « travail » et « revenu »... ou plutôt... dans nos cœurs et dans nos âmes. Parce que si nous le faisions en toute conscience, nous nous rendrions vite compte que cela n’est pas possible !

Et laissez-moi prendre ce point comme entrée en matière : si vous voulez travailler, si vous voulez être actifs, alors vous avez besoin d’un revenu.

Le revenu ne vient pas en conséquence du travail, il en est la condition nécessaire. C’est parce que je dispose d’un revenu – qu’importe d’où il provient – que je suis en mesure de devenir actif ; parce que le revenu, j’en ai besoin pour pouvoir vivre ! J’ai besoin d’un revenu pour nourrir mon corps. Le travail j’en ai besoin pour m’exprimer dans la société, c’est un tout autre sujet !
Le travail, ensemble avec d’autres personnes, j’en ai besoin pour pouvoir m'épanouir et le revenu, j’en ai besoin pour pouvoir vivre.

Je tiens le couplage du travail et du revenu comme l’erreur de raisonnement la plus fondamentale que nous ayons dans notre société. Cette erreur nous mène si loin que nous pensons devoir forcer les personnes à travailler pour que nous puissions leur donner un accès à un revenu.
Et pour cela, on a mis en place ce cirque de « Hartz IV », n’est ce pas, – un cirque pas marrant du tout, il s’agit là d’un vrai régime pénitentiaire. Oui, il faut être très radical dans l’observation, tout du moins dans le raisonnement. « Hartz IV » est la tentative – parce que nous avons ce paradigme en tête : « Qui ne travaille pas, ne mange pas » – d’obliger, de contraindre des gens à travailler, même si le travail qu’ils font, n’a de sens ni pour eux, ni pour nous. Regardez simplement l’agence pour l’emploi avec ses statistiques de chômage bidouillées : tout ceci est une bêtise dramatique...


Et là, nous ne pouvons pas dire : « Vous savez, moi, j’en ai rien à faire, ça ne me concerne pas du tout » :
Est-ce que vous avez envie que l’on agisse de la sorte avec vos proches ? Avons-nous besoin de forcer d’autres personnes à faire quelque chose qu’ils ne veulent pas faire, et qui n’a aucun sens pour nous ? Avons-nous besoin de cela ? Avons-nous besoin d’accepter de la misère dans notre pays ? Est-elle nécessaire ? Est-ce que nous nous devons d’avoir toute cette misère ? Est-ce que nous nous devons d’avoir des enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté ? Alors que nous n’avons jamais eu autant de biens et de services à notre disposition qu’aujourd’hui ? Redoutez-vous que quelque part dans notre République les biens et les services viennent à manquer ? Constatez-vous cela quelque part ?

Sur quoi se fonde en fait la richesse d’une société ? Elle ne peut que se fonder sur la disponibilité des biens et des services.

Et n’avons-nous pas aussi cet autre problème qui est que nous regardions toujours du point de vue de l’argent ? ...et pensons que c’est l’argent qui aurait de la valeur ? Cela m’étonne toujours de nouveau, quand je repense aux années 1988, 1989 dans le bloc de l’Est et en RDA... j’ai bien remarqué que les gens avaient pas mal d’argent, sauf que quand ils allaient dans un de ces magasins, il n’y avait rien dans les étals. Quand nous allions en Russie, c’était encore plus grave qu’en RDA, il y en avait encore moins dans les étalages. De l’argent, ils en avaient, mais il n’y avait rien à acheter
Là on aurait déjà pu comprendre : « Le goulot d’étranglement, ce sont les biens, ce n’est pas l’argent ! » Parce que l’argent suit toujours la quantité des biens. Quand nous produisons beaucoup de biens, alors il y a beaucoup d’argent en circulation. Quand nous avons beaucoup de confiance en la productivité de la société, il y a aussi beaucoup d’argent en circulation. Mais l’argent n’a aucune valeur du moment où il n’y a pas de biens à acheter. L’argent n’a en fait aucune valeur, c’est juste la supposition que l’on peut recevoir un bien en échange.

Et dans un contexte où il y a une telle abondance de biens, nous devrions nous demander pourquoi nous nous permettons la pauvreté des enfants. Pourquoi acceptons-nous toute cette pauvreté ?

Pourquoi pensons-nous ne pas pouvoir nous offrir des prestations nécessaires ? Pourquoi pensons-nous ne pas pouvoir financer la réparation de nos routes, quand dans le même temps les entreprises de travaux publics manquent de contrats ?

Il y a une citation malheureusement peu connue de Oswald von Nell-Breuning, ce philosophe social catholique qui devint centenaire, qui disait : « Tout ce qui peut être produit est également finançable ».
Vint ensuite une phrase complémentaire essentielle : « ...à condition que l’on ait la bonne volonté pour cela !... »


Autre éclairage percutant ! Nous aurions déjà pu apprendre de la crise du charbon.
1958, j’avais 14 ans en ce temps-là : la crise du charbon vint très subitement, en pleine période du miracle économique allemand : subitement, le charbon ne s’est plus vendu ! Vraiment ! Subitement ! C’est un fait historique très intéressant et totalement surprenant pour la conscience sociale. Et je peux encore me rappeler avec mes 14 ans, comment les mineurs de la région de la Ruhr ont manifesté pour leurs places de travail, avec leurs fanfares aux avant-postes.
Et je me rappelle également que mon père disait : « Eh Götz, ils ne manifestent pas pour leurs places de travail : à 3000 m de profondeur, par 38 °C, travailler sous des conditions hostiles, ce n’est pas particulièrement plaisant ! …ils manifestent pour leurs revenus. Parce que de leurs revenus, ils en ont besoin ».
Comme gamin de 14 ans, on n’a pas encore de préjugé, en tout cas peu de préjugés. Et cela m’a semblé assez clair : eh bien oui c’est logique, ils ne manifestent pas pour une place de travail. Ils manifestaient pour une place de revenu.
N’est ce pas une énorme erreur sociale ? Vous pouvez suivre : crise du charbon, crise de l’acier, crise de l’automobile – Opel, le nouvel exemple.
On répète toujours la même erreur. Nous disons : « Les places de travail doivent absolument être conservées ». Non pas qu’on ait pressement besoin d’automobiles – il y a là une énorme suroffre – mais parce que les gens ont besoin de leur revenu.




Il faut repenser le duo travail/revenu. Ce paradigme fatal qui lie ces deux notions nous tient au collet. C’est un réel problème. Si vous pouvez vous ouvrir à l’idée d’un tel découplage dans votre manière d’observer la société, vous allez constater que ce paradigme est un non-sens.

Imaginez maintenant avec un nouvel angle d’observation, la manière dont nous raisonnons actuellement : pensez la place de travail comme une place de revenu. Quelle conséquence, quelle conséquence individuelle, cela a-t-il quand un individu n’a pas de place de travail, mais uniquement une place de revenu. Alors il fait son travail non pas parce qu’il voit un sens à ce travail, mais parce qu’il a un besoin pressant de revenu. Et ce non seulement pendant une semaine, mais pendant cinq ans, dix ans, 20 ans, 30 ans ; il fait quelque chose en quoi il ne voit pas de sens mais uniquement parce qu’il a un besoin pressant de revenu.
Qu’est ce que cela a comme conséquence ? Vous êtes venu sur terre comme individu, pour entreprendre quelque chose. Quand vous avez dix ans vous comprenez qu’un travail est quelque chose qui est bien payé. Et puis vous faites toute la vie durant quelque chose en quoi vous ne voyez aucun sens !
N’est ce pas une catastrophe ? Et n’y a-t-il pas un rapport avec la santé de notre peuple ? Avec la santé de notre âme ?
Je vous propose de regarder une fois le « sociotope » dans lequel vous vivez : qu’en est-il des gens que vous connaissez ? Ont-ils une place de travail ? Ou uniquement une place de revenu ?

Tous les efforts du responsable du personnel dans une entreprise doivent être concentrés à se demander qui a chez lui une place de travail et qui n’a qu’une place de revenu ? Et le devoir du management est de veiller à créer les conditions telles qu’une place de revenu devienne une place de travail. Que l’individu puisse faire quelque chose qui a un sens pour lui.

Imaginez-vous maintenant que nous dissolvions ce paradigme, qui dit que seul celui qui travaille a le droit de recevoir un revenu. Nous effaçons ce paradigme. Nous disons de part notre expérience que ce sont deux choses bien distinctes : 1. les hommes ont besoin d’un revenu afin de pouvoir vivre; 2. les hommes ont besoin d’une place de travail, les hommes veulent trouver du travail, parce qu’ils veulent se développer ! Parce que c’est dans le travail que nous grandissons au-delà de nous-mêmes. Pour cela nous avons besoin de la collectivité. Solitaire, en ermite, vous ne pouvez pas grandir au-delà de vous-mêmes. Nous avons besoin de la collectivité pour cela.
Si nous avions ce nouveau point de vue, ce serait alors évident, nous dirions :
« Bien : le fondement pour un revenu est le simple fait de vivre. Le fondement pour le travail est que nous y voyions un sens. »


Rappelez-vous maintenant ce que je disais au début, « productivité »/ « réceptivité », et considérez le contexte présent : je tiens une conférence, ici, devant vous :
le travail n’apparaît que lorsque moi, en tant que « producteur » y vois un sens – … de tenir une conférence devant vous. Si je n’y voyais pas de sens aujourd’hui,... ma prestation serait mauvaise !! Mais parce que j’y vois un sens, alors je tiens cette conférence de 11h à midi.
Et, vous, si vous n’estimiez pas mon exposé, si vous n’étiez pas intéressés par ce que je raconte, si vous me faisiez comprendre de part vos autres occupations que ce que je raconte ne vous intéresse pas, et si la salle se vidait après 10 mn, j’aurais dû cessé mon travail.

Donc pour le travail, on a toujours besoin de deux parties : celle qui l’engendre, elle doit y voir un sens, et celle qui le sollicite, elle doit y voir de la valeur.

Mais ici encore, nous avons un grave problème de société : beaucoup de gens pensent qu’ils travaillent pour eux-mêmes ! Il y a aussi beaucoup de gens qui pensent qu’ils vivent de leur revenu. C’est une erreur !!
Avez-vous déjà pu observer que l’on pouvait vivre de son revenu ?
Et bien moi pas ! Depuis les 66 années que je suis sur terre : je vis toujours des prestations des autres. Je vis toujours du travail des autres. Je compte toujours sur le fait que d’autres soient actifs pour moi. Je compte sur cela, j’ai confiance en ceci que d’autres soient actifs pour moi.
Et je dois compter sur le fait que d’autres comptent sur mon activité pour eux-mêmes.
La réalité sociale dans laquelle nous vivons aujourd’hui, c’est que nous sommes toujours actifs pour les autres. On pourrait dire : l’économie, c’est être actif pour les autres. C’est toujours travailler les uns pour les autres. Et si vous ne trouvez pas de clients, votre travail est obsolète.
Et si vous-mêmes ne voyez pas de sens à votre travail... et bien vous feriez mieux d’arrêter. Votre travail serait de plus en plus mauvais. Les clients s’en iraient.
Alors au moment où vous pensez que vous travaillez parce que vous voulez vivre, vous pouvez vous dire que c’est une erreur : Vivre, je ne le peux que parce que d’autres travaillent pour moi ! Les autres peuvent vivre parce que je travaille pour eux.
J’espère que ce n’est pas trop compliqué ; vous pouvez facilement observer dans la société cette réalité d’individus approvisionnés par les autres et approvisionnant les autres. C’est ce que nous sommes.

Si maintenant, nous pouvions saisir cela, non seulement comme une possibilité de penser mais aussi de sentir, si nous pouvions l’éprouver dans nos cœurs, dans nos âmes, nous aurions une toute autre situation dans la société. Nous pourrions par exemple avoir bien plus d’estime dans notre société pour ce qui est fait autour de nous. Malheureusement aujourd’hui, nous pouvons dire que notre société pâtit du fait que nous méprisions beaucoup ce qui est fait autour de nous.

Vous rendez-vous compte de la force de la reconnaissance, je ne parle pas de politesse mais bien de reconnaissance quand nous disons que ce que notre prochain fait est nécessaire, je suis content qu’il le fasse !
Je suis reconnaissant ! Parce que s’il ne le faisait pas, il faudrait bien que je le fasse moi-même ! Je le remercie pour cela.


Cette estime favorise le potentiel d’auto-motivation.
Cela, on l’apprend assez rapidement en tant qu’entrepreneur, si on ne s’est pas endormi : les gens deviennent volontiers actifs quand ils ont l’impression qu’on les estime pour leur productivité, qu’on ne les regarde pas comme un facteur de coûts.
C’est un autre problème dans notre situation sociale de regarder les hommes et les femmes comme des facteurs de coûts.
Mais considérer dans une entreprise que les employés sont des facteurs de coûts, c’est une pure erreur de raisonnement. Par l’observation, par la perception,… vous ne pouvez aucunement démontrer cette ineptie. Il n’y a rien d’empirique non plus. C’est une pure illusion, c’est une hallucination. Mais l’illusion est tellement forte qu’elle conditionne toute notre vie, qu’elle conditionne la réalité de notre société : l’homme et la femme considérés dans l’entreprise comme facteur de coût !

Les coûts réduisent le résultat, d’accord ? Mais les gens conduisent l’entreprise au résultat. Imaginez une filiale DM, il y en a une juste en face d’ailleurs. Si mes collègues n’étaient pas là, le magasin serait fermé ! Il ne se passerait rien.
Il ne peut y avoir quelque chose dans la caisse que s’ils sont là, que s’ils sont actifs. Et c’est ainsi dans notre société toute entière. Donnons-nous assez d’estime à tout cela ? Donner cette estime est si importante.


Un autre exemple... réfléchissez au travail familial. Quelle mère n’a jamais entendu – la plupart du temps de par une amie, c’est très intéressant ce phénomène ! – : « dis-donc, tu travailles toi ? Ou es-tu à la maison avec tes enfants ? »
Le monsieur Sarrazin – qui semble être un artiste du social bien particulier – m’a dit une fois dans un talkshow – c’est pour cela que je me permets de le citer crûment – : « Mr Werner, vous avec votre revenu de base, rendez-vous compte : prenez deux personnes qui se mettent ensemble, qui font dix enfants, et ils vivent alors dans l’opulence avec le revenu de base. »

Alors je lui ai seulement dit tout ahuri,... – en plus il y avait tous ces gens qui l’ont encore applaudi !! Vous savez, il y a toujours cette rangée d’applaudisseurs dans ces talkshows, formatée avant le débat sur quel signal elle doit applaudir !. – ...oui, alors je lui ai dit : « Ne pensez vous pas que dix enfants, c’est énormément de travail ? » Imaginez-vous, ce serait peut être bien qu’il s’en trouve quelques-uns qui se mettent ensemble et se disent : « Voyons à ce qu’on mette au monde une dizaine de jeunes bloggeurs pour enflammer la société !! » C’est un travail considérable. Evidemment, ils ne doivent pas le faire s’ils n’y voient pas un sens. Mais ils ne peuvent le faire que s’ils disposent des revenus correspondants afin de bénéficier des conditions de vie dont ils ont besoin, et afin de préparer de façon adéquate leurs dix enfants à leurs futures vies, pour qu’ils puissent à leur tour, après une éducation réussie, entrer dans leur auto-éducation. Ainsi va la vie.

Pour cela, la société doit créer ses « conditions générales »... et ce raisonnement vraiment banal est celui du revenu de base ! Et là, je dois vous avertir : cela ne se passera que si la société considère cette idée comme évidente.
Toute mon espérance aujourd’hui est qu’ils y en aient quelques uns parmi vous qui disent : « Je suis certes très sceptique, c’est assez inhabituel, cette idée. Mais je suis prêt à outrepasser les bornes de mon expérience et de mes réflexions, et mettre mes préjugés de côté : je suis prêt à observer la société avec une plus grande ouverture d’esprit, et à me demander si cette idée n’est pas une perspective sociale, une bonne étoile pour la société qu’il vaudrait le coup de suivre ».
Si cela pouvait être le cas parmi vous, alors cette conférence aurait non seulement eu du sens, elle serait aussi un succès. Ce succès serait que vous commenciez à regarder dans la société et que vous commenciez à rêver ! À rêver ! Ce succès serait que vous regardiez dans la société et que vous disiez : « Effectivement, ça a du sens ! » 

Et vous commencez alors à rêver et vous vous demandez : « Comment cela aurait-il été si j’étais venu au monde avec un tel revenu de base ? Une sorte d’argent d’accueil pour mes parents... Mes parents n’auraient-ils pas eu d’autres genres de soucis. Et si j’avais pu passer la majorité avec un tel revenu de base ? Aurais-je exercé le même métier ? L’affrontement qu’il y a eu avec mes parents aurait-il eu lieu de la même manière ? Alors que je revendiquais ce qu’au fond je voulais, tout cela ne se serait-il pas passé différemment ?
Et aujourd’hui, mes relations ne seraient-elles pas toutes différentes ? Avec mon conjoint ou ma conjointe, s’il ou elle avait un revenu de base ? Avec mes beaux parents, si nous avions un revenu de base ? Et mes perspectives d’avenir ? Si je pouvais compter sur un revenu de base, un droit constitutionnel, garanti, du berceau au cercueil, de telle manière que je puisse vivre sereinement, certes modestement mais dignement... non pas dans l’opulence, non, non ; pour cela il faut quand même faire quelque chose. Mais simplement un revenu de base que la société donnerait avec ces mots : « Parce que tu es une sœur, un frère de notre société, pour cela tu as également le droit constitutionnel à un revenu de base. » et avec la devise : « Et bien montre-nous ce que tu peux ! Entre donc dans la société ! Fait donc ce que tu vois, ce que tu crois être nécessaire, là où tu y vois un sens. Non pas parce que tu le dois, mais parce que tu le veux ! »
Imaginez-vous un instant une société où vous avez à faire avec des gens, qui font tous, potentiellement – il y a toujours des exceptions à la règle –  potentiellement ce qu’ils font parce qu’ils le veulent et idéalement, ne font pas ce qu’ils ne veulent pas faire. Ce serait une toute autre société. Cette reconversion du devoir en vouloir.

Jean Jacques Rousseau l’avait exprimé encore mieux. Il a dit : « La liberté... » – Et là, vous noterez qu’il s’agit bien d’une question de liberté – « La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais la liberté, c’est la possibilité de ne pas devoir faire ce que l’on doit. »

Ce ne peut être qu’une préoccupation personnelle intérieure que de se mettre en relation ou de participer à la mise en place de ces relations qui nous amènent à faire ce en quoi nous voyons un sens.




Je reviens à notre histoire avec les écoliers. Cela va encore plus loin et il est temps que j’en raconte davantage. Après l’épisode du travail se manifeste alors une petite fille :
- Oui, oui... et Maman, qui fait tout cela pour nous, elle n’aime généralement pas faire tout cela.
Très justement observé, pensais-je. Pas toujours un plaisir le travail à la maison, à côté de l’éducation des enfants, disait-elle, du haut de ses 10 ans. « La Maman qui fait tout cela pour nous, elle n’aime généralement pas faire tout cela ».
Et alors se manifeste un garçon :
- Oui, mais la Maman, elle le fait parce qu’elle nous aime !

Y a-t-il une autre raison à cela ? La question n’est donc pas si nous faisons ce que nous faisons avec plus ou moins de plaisir mais bien si nous y voyons un sens. Le motif de l’amour peut donner un tel sens.
Ainsi, on ne peut jamais assez aimer ses clients :). Eh oui, il y a bien une différence : en tant que fournisseur des autres, vous êtes actifs pour des clients, et en tant qu’auto-fournisseur, vous êtes actifs pour vous-mêmes, et cette erreur de raisonnement qui nous fait croire que nous sommes actifs pour nous-mêmes, nous conduit à perdre nos clients de vue !

Dans la réalité sociale, il y a des milliers d’années jusqu’à il y a à peine quelques dizaines d’années, – nous pouvons encore le voir dans certains pays développés – l’autosuffisance dominait, les hommes, ensemble avec leur famille, à même le sol et contre la nature ingrate, étaient actifs pour eux-mêmes. Cette situation sociale était complètement différente de la nôtre, aujourd’hui !
Nous sommes désormais liés à des hommes et des femmes, que nous ne connaissons pas toujours, dans une complexe chaîne de production de valeurs planétaire.
Nous sommes toujours actifs pour d’autres que nous ne connaissons peut être pas du tout. On peut travailler chez Mercedes, à Stuttgart, et se retrouver en Argentine à dire :
« Regarde là, celle-là, on l’a construite chez nous. Là où je suis actif, nous construisons ces trucs. On est tout content que le chauffeur apprécie « la meilleure voiture que j’ai jamais conduite ! ». En retour, ce dernier a généré le revenu. Vers l’avant, vous avez le service, vous avez généré un service, et en retour vers vous, est généré le revenu : un processus de création de valeur tout autour de la Terre. Une réalité complètement différente d’il y a encore 150 ans.
Et quand on prend conscience de tout ce processus, il nous paraît toujours plus évident, intérieurement, que cette idée modifierait notre société.
L’idée du revenu de base présuppose une révolution dans la tête.


Si chacun de nous, en tant que souverain de cette société – les souverains ne sont pas les experts, ni les politiciens, ni les bloggeurs mais bien chacun de nous – pouvait commencer à reprendre cette réflexion, à repenser cette révolution ! Comment dit-on encore ? La tête est ronde pour que les idées puissent changer de direction.
Si nous ne sommes pas capables d’opérer cette révolution dans nos têtes, alors rien ne changera, il ne faudra pas se plaindre. Ça continuera exactement comme aujourd’hui. Et si ça continue comme aujourd’hui, ça dégringole. C’est toujours comme cela : quand ça continue comme « aujourd’hui », ça dégringole. C’est une loi de la création, n’est-ce pas ? Cela a toujours été ainsi. Goethe l’énonce comme signal du pari entre Faust et Méphisto : « … si jamais je dis à l’instant, attarde-toi, tu es si beau !... » Tout est là-dedans !
La question est: êtes-vous prêt à vous mouvoir dans le monde avec cette question ouverte personnelle ?

Je peux vous conseiller, si une fois vous vous ennuyez, peu importe où vous soyez, lors d’une réunion de famille, ou bien..., une réunion de collègues, parlez du revenu de base. :)
Je vous le garantis, la soirée est assurée. C’est le premier effet. Pour le deuxième, là je dois vous mettre en garde.
En général, on est avec des gens en qui on a confiance, on se sent en confiance, et tout à coup, on remarque en parlant du revenu de base : « Mon de Dieu, il a une image de l’homme, là j’en ai le souffle coupé. Je suis sidéré. » Il y en a en effet qui disent : « Plus personne ne travaillera ».
Et alors si vous réagissez, s’il vous plaît faites donc comme je le fais toujours, lorsque quelqu’un prétend : « Oui, avec le revenu de base plus personne ne travaillerait » – vous voyez d’ailleurs, il fait automatiquement ce rapport : travail=revenu – demandez dans la foulée : « Et toi, que ferais-tu ? »
Je parie... à tous les coups... – c’est l’absolue exception que quelqu’un dise : « Je n’attends que cela, le hamac est déjà préparé, dare-dare je disparais en forêt... » – à tous les coups il dira « Evidemment, je sais ce de quoi il retourne. C’est sûr ! …  »
Ce que l’on remarque avec cela, c’est que la plupart des hommes ont deux images de l’homme en eux, l’une d’eux-mêmes, l’image « humaniste », vous pouvez l’observer : l’humaniste.
Et vous avez la deuxième, c’est l’image de l’homme qu’ils ont de leurs semblables : la matérialiste. Une image matérialiste, c’est-à-dire que l’homme est un être déterminé par ses pulsions et c’est exactement comme cela que nous voyons nos semblables.

Prenez par exemple le domaine de la publicité. Je dis toujours à mes étudiants : « Prenez n’importe quel magasin, parcourez les publicités, et demandez-vous quelle image de l’homme se trouve derrière. » Vous pouvez le montrer, à 95% l’homme y est un être déterminé par ses pulsions. Vous pouvez regardez vous-mêmes.
Mais je n’ai jamais trouvé d’homme – et avec vous ce serait exactement pareil – qui ne réponde pas à la question : « Vous sentez vous comme un être déterminé par ses pulsions ? » par « Ça ne va pas la tête !!! ».
C’est très intéressant, non ? Et avec cette image de l’homme matérialiste, vient la maxime « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ».
Vous connaissez n’est ce pas ? « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ». Et c’est reconnu socialement ! C’est écrit dans l’accord de la coalition – entre les lignes ! – : « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux »
Mais enfin, comment voulez vous... réfléchissons sérieusement :
« La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux ». Cela ne peut que signifier : « Confiance pour moi, contrôle pour vous. » Ou inversement ?? Comment voulez vous fonder une communauté de vie avec ça ? Avec votre femme, avec votre homme ? Avec une telle devise : « Confiance pour moi, contrôle pour toi » ?

C’est totalement exact que l’on essaie souvent cela, ce n’est pas ce que je remets en question mais ça ne peut être le but. Avec cela, vous ne pouvez pas former de socialité. Imaginez : nous avons 1200 filiales DM en Allemagne comme celle d’en face, et si je prenais au sérieux, « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux » : je ne pourrais même plus dormir. Avec tout ce qui peut se passer dans 1200 filiales... la conséquence serait une caméra vidéo à chaque coin. Oh oui, ça existe, mais ça n’est pas une solution à la longue. Ça n’apporte que des soucis avec l’opinion publique. Qui devrait alors s’occuper de... ah non, ça ne va pas du tout.
Nous ne pourrions même pas vivre... enfin, là où je veux en venir : le principe du partage du travail ne fonctionne que si l’on a confiance au fait que l’autre fournira concrètement sa prestation. Tant et si bien que notre maxime de vie ne saurait jamais être « La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux », bien que vous connaissiez tous cette maxime – j’espère que seul une minorité d’entre vous en font leur propre slogan. Au contraire, la maxime devrait être – Il y a cette belle parole de Freiherr von Stein – : « La confiance ennoblit l’homme, l’éternelle tutelle l’empêche de mûrir »
Et le revenu de base est l’expression de la confiance. Il dit : « Nous t’assurons tes besoins de base, pour que tu puisses vivre modestement mais dignement, et alors montre ce que tu peux. » ... « La confiance ennoblit l’homme, l’éternelle tutelle l’empêche de mûrir ». Et nous ne nous mêlons de rien. Tu fais comme tu veux. Tu es responsable pour toi-même. A la fin, tu dois seul te poser la question : « Ai-je bien manié tous ces talents, qui m’ont été donné. »
Le Christ ne demandera pas le jour du jugement... cela vous arrivera à vous aussi, fatalement, toute biographie est une histoire hautement dramatique qui finit, à coup sûr par la mort. Il demandera : « Qu’as tu fait de tes talents ? » Il ne demandera pas :
« Pourquoi as-tu eu tant de talents ? » Il ne fera pas comme reproche au cultivateur : « Pourquoi as-tu généré autant de revenu ? » Mais plus justement : « Qu’as-tu fait de tes revenus ? T’en es-tu servi de manière responsable ? » C’est aussi comme ça avec le revenu de base.

Pour finir, une phrase de conclusion que vous pouvez adopter pour toute votre vie, elle en vaut la chandelle ; et facilite bien le travail... elle simplifie beaucoup le travail. On voit beaucoup de gens venir avec des requêtes, et on a soi-même des demandes desquelles on discute, des problèmes dont on parle. De mon côté, je me suis habitué à une méthode d’opérer, et si on veut la traduire avec une formule, ce serait :
« Celui qui veut, trouve des chemins ;
celui qui ne veut pas, trouve des excuses. »

Et vraiment, vous vous allégez la tâche si vous demandez tout de suite : Voulez-vous vraiment ? Voulez-vous ? Voulez-vous que nous changions quelque chose ? Ou voulez-vous simplement me faire comprendre que tout ne peux que rester comme aujourd’hui ? Que vous-trouviez des excuses à cela, je vous fais confiance. Ce n’est qu’une question de fantaisie.
Mais ce qui est décisif est ce que nous voulons les uns avec les autres.
« Qui veut trouve des chemins; qui ne veux pas trouve des excuses. »
Et ceci s’applique pareillement aux réflexions sur le revenu de base.





Questions-Réponses
(1er intervenant) - Merci, je crois que je peux très bien suivre votre idée du changement de paradigme, ce découplage du travail et du revenu. Je crois que c’est très semblable à l’idée de l’open-source, que l’on ne travaille pas pour de l’argent mais pour d’autres gratifications. C’est très bien représenté dans la scène bloggeurs/Wikipedia. Je crois que vous énoncez quelque chose de bien connu ici, et que beaucoup d’entre nous sommes tout à fait de votre avis. J’ai aussi lu votre livre ; mais ce qui ne me convainc pas – je trouve les pensées très sympathiques, pleinement d’accord avec vous – mais ce qui personnellement ne me plait pas, c’est de nouveau cet appel au Père Etat : bureaucratie d’Etat, impôts, puis redistribution. Car l’expérience et l’histoire montre que l’Etat, cette bureaucratie, ce monopole hiérarchique, a toujours très mal fonctionné comme machine de redistribution sociale. Il y a toujours des abus de pouvoir. Alors n’y aurait-il pas une méthode sans bureaucratie d’Etat, sans ce que nous avons eu jusqu’a présent : un état social dictant d’en haut et qui invite toujours et encore à de nouveaux abus ? N’y aurait-il pas un procédé plus intelligent pour découpler travail et revenu ? -

(WG) - Peut être y en aura-t-il un à qui viendra une idée. Mais je pense que dans la société, nous devons nous poser la question : Quel est donc la tâche de la collectivité ? La collectivité à la tâche de veiller à ce que le collectif soit constitué. Et dès lors qu’on est actif à l’étranger, on constate combien on est reconnaissant quand un appareil d’état fonctionne un minimum. L’infrastructure, prenons ce terme, est donc nécessaire. Prenons un exemple plus simple : vous tous prenez part au trafic routier. Imaginez maintenant le trafic routier, la circulation individuelle qui nous procure cette énorme liberté – c’est vraiment fondateur d’une grande liberté cette circulation individuelle – sans que l’état ne pose les règles, le code de la route et veille à leur application, se préoccupe des routes, les améliore – prochainement, espérons le. Cette infrastructure ne restreint pas la liberté, mais la promeut. Au moment où elle disparaîtrait, en l’espace d’une journée, de deux heures même, l’ensemble de la circulation routière serait paralysé. L’Etat renverrait les fonctionnaires, retirerait les panneaux de signalisation...
Elle est nécessaire.
Ou bien, imaginez le championnat de football, on dirait :
« Aux joueurs de créer le jeu, pas d’arbitres, pas de règles non plus ». Le jeu se déliterait.


(2ème intervenante) - Oui, j’ai aussi une question mais avant je voudrais dire à mon prédécesseur qui a affirmé ici que l’Etat social invite à des abus que c’est polémique. Il y a des chiffres qui montrent clairement que cela ne concerne qu’une minorité. Je ne crois pas que l’on ait besoin d’un dénigrement des bénéficiaires de Hartz IV.

(WG) - Oui, vous ne pouvez pas non plus juger des règles de la circulation routière aux nombres d’accidents de la route !

(2e i.) - Je trouve tout cela très intéressant mais je vais exprimer mon doute, je pense que la majorité ici ne fait pas volontiers son travail. On aurait pu faire un sondage afin que les gens se manifestent. Je trouve tout ça très intéressant ce que vous avez dit, mais je trouve que vous n’avez pas assez prouvé ce que vous avez énoncé et simplement pris pour acquis.
Nous vivons dans une société où le travail est vraiment quelque chose de terrible. Le travail n’a pas vraiment de sens pour beaucoup. Je ne trouve pas bien que d’une part, vous ne le démontrez pas, et d’autre part, que vous ne nous dites pas comment ce revenu de base doit être financé. Naturellement, c’est toujours juste d’avoir de grandes visions mais je trouve aussi problématique d’amener une politique qui ne se fonde pas sur des vérités mais plane plutôt de façon charismatique. Je n’y vois pas grand sens. Je comprends bien qu’on dise qu’on a besoin d’une amélioration du Hartz IV, mais je trouve que vous ne prouvez rien de votre côté, que vous ne faites qu’énoncer des choses et dites simplement que c’est ainsi. On pourrait croire que la seule chose qui vous intéresse, c’est de ne pas devoir payer vos charges patronales...

(WG) - Je ne répondrai pas à cette dernière insinuation. Mais au « pourquoi je ne démontre pas », oui.
Excusez-moi : je vous fais une suggestion ! Et vous, vous devez vous demander ce que vous en faites. Ma démarche, ma méthode n’est aucunement de vous dispenser des réponses. Mais ma méthode est d’éveiller des questions chez vous. Et alors vous pouvez vous-mêmes observer, vous pouvez vous-mêmes vous demander, est-ce vraiment comme le Werner a dit. Alors vous pourrez peut-être vous dire : « C’était bien drôle mais en réalité, c’est tout autrement. » ou bien vous dire : « ça devient évident pour moi ». Ce qui est décisif, ce n’est pas avec combien de réponses vous sortez. Mais avec combien de questions vous sortez ! Et puisque vous êtes tous au cœur de cette expérience hautement captivante qu’est la vie, vous pouvez vous-mêmes répondre à ces questions. Si vous le voulez bien ! Celui qui demande, cherche également… et trouve une voie.

Quant au financement, c’est très facile. Oui… vous vous imaginez bien que la question m’a déjà été posée des milliers de fois. Et on peut le dire tout bêtement : c’est déjà financé !
Le fait que vous soyez assis là est la preuve que vous avez un revenu.
Non ? Vous tous, vous avez un revenu. On ne peut tout simplement pas vivre dans la société sans un revenu et les gens qui n’ont pas de revenu doivent en attirer un par des procédures très compliquées, chères, qui en plus mettent les personnes dans la détresse. On appelle cela notre aide sociale. Notre aide sociale, Hartz IV, ce n’est rien d’autre qu’un revenu  de base...conditionnel. 
La nouveauté de l’idée, c’est que ce soit donné inconditionnellement ! Jusqu’à une certaine hauteur. Donc, peu de choses changeraient. On dirait : tout reste comme c’est. Toute l’aide sociale, le livre des lois avec les choses plus ou moins sensées qu’on a façonnées, et la société dit : « Les 1000 premiers euros c’est ton revenu de base, c’est ainsi couvert. Si maintenant tu veux plus d’aide sociale, tu dois donner des preuves. »
Si maintenant tu as une maladie qui t’amène à avoir besoin de 5000 Euros – il y a de telles maladies – alors tu dois justifier que tu es malade pour percevoir une aide. C’est ainsi conditionné. C’est une pensée toute simple. Tout le reste est déjà financé depuis longtemps, sinon vous ne pourriez pas vivre. Cela ne doit pas être financé en plus. Seulement ceux qui auraient moins que 1000 Euros, ils devraient recevoir plus. Dans notre société, ils sont beaucoup trop. Mais, Dieu soit loué, ils sont très peu. Et vous arrivez à un ordre de grandeur de 35 à 40 milliards d’euros selon la manière de calculer, comme le montre le mémoire de thèse de M.Presse, que vous pouvez d’ailleurs obtenir aux presses de l’université de Karlsruhe (Universitätsverlag Karlsruhe) et pour lequel il avait reçu un 1.
C’est au regard des besoins qu’a la banque de l’Etat de Berlin, fort peu!

Et pour répondre à la dame : oui, les biens sont déjà disponibles. Nous avons tellement d’excédents que nous pouvons satisfaire une demande supplémentaire de 35 milliards. Cela vous pouvez le constater de vos propres yeux quand vous allez dans nos magasins. Croyez-moi, nous avons tant de marchandises que nous nous devons de vendre... Et vous n’avez pas à avoir peur que le magasin soit vide alors que vous avez besoin de quelque chose ! Non. Quand c’est scanné à la caisse, c’est déjà commandé et le fournisseur se réjouit déjà de pouvoir livrer. Cela réjouit les gens qu’ils puissent livrer. C’est une nouvelle situation ! Autrefois on avait toujours la pénurie mais nous pensons aujourd’hui encore émotionnellement à la pénurie, alors que ça n’a absolument plus aucun sens.


(3ème intervenant) - L’exposé m’a beaucoup diverti. J’ai aussi beaucoup de questions. Une d’entre elles est liée à ce que vous nommez biens et services et plus particulièrement à cet excédent de biens et de services. Cette situation ne tient-elle pas à ce système capitaliste qui se base sur l’exploitation ?
Si nous introduisons un revenu de base dans cette situation, et ce malgré les inégalités matérielles existantes, n’y a-t-il pas un risque que ces inégalités ne s’en trouvent que plus figées ?
Je peux m’imaginer que nous avons beaucoup d’argent et que nous pouvons l’utiliser autrement. Et là – et je contredis l’intervenant précédent – je pense qu’il est important que la société réfléchisse non seulement pour la société allemande mais également de façon globale, comment utiliser cet argent constructivement. Ce que je ne sais pas, c’est si cela est possible dans notre système, ça je ne le sais pas.
On pourrait dire, on efface tout et on recommence, tout le monde dans les starting-blocks, tous avec le revenu de base. Tous ont un revenu, à manger, un toit – pas seulement en Allemagne – tout est en place pour que chacun puisse apporter sa part à la société. Mais vous l’avez dit, chacun a sa propre image de l’homme, et je ne crois pas que l’homme abandonnera son envie d’« encore plus », que la société trouve un nouveau visage.
Ça, je ne le crois pas.

(WG) - Oui ! Ce sera exactement comme aujourd’hui. Cela continuera. Mais ! Mais, l’individu se retrouvera dans une position, celle que le revenu de base lui donne – une vie digne : il sera alors en mesure de dire : non ! De dire non, là où il pense devoir le faire. L’employé du DM d’en face, avec son revenu de base, il pourra se demander : « Est ce que je veux encore travailler ici, après tout ? » Il aura un vrai choix.

(3e i.) - Mais il ne pourra pas viser plus haut à ce moment ou alors il devra essayer autre chose ?
(WG) - Il devra trouver quelque chose à faire pour ce quoi il recevra quelque chose de la société en retour
(3e i.) - Qui travaillera chez DM alors ?
(WG) - Ceux qui y voient un sens.
(3e i.) - Je vois aussi un sens mais je veux également être rémunéré pour ce que je fais. J’y vois une valeur. Je veux une contrepartie.
(WG) - Evidemment ! Et c’est pour cela que vous ferez ce travail seulement si vous recevez un revenu en échange.
Dans une société où chacun dépend du travail des autres, vous avez uniquement 3 possibilités pour que le travail dont vous avez besoin soit effectué : 
1.       vous proposez une place de travail attractive,
2.       vous automatisez le travail, 
3.       vous faites le travail vous-même.
Vous devez donc créer une place de travail attractive, dans laquelle des personnes y voient un sens et estiment le travail à réaliser. C’est toujours comme ça, ça ne peut pas marcher autrement.
Quant au système dont vous parlez de manière nébuleuse, c’est le système tel que vous le voyez vous-mêmes aujourd’hui. Mais naturellement, la société se métamorphosera avec le revenu de base.


(4ème intervenant) - J’ai trouvé l’exposé merveilleux. On peut évidemment se chamailler sur le financement ou encore l’image de l’homme. Et on doit certainement le faire, c’est un long processus.
Par contre, je pense qu’il est absolument nécessaire de penser, à côté des principes de redistribution, d’organisation que le revenu de base apporterait et dont la société a besoin, d’une autre forme de péréquation sociale : ce n’est pas seulement que les couches sociales inférieures possèdent moins d’argent mais elles ont également très souvent moins de formation, et de ce fait souvent moins d’idées pour se réaliser soi-même. En sociologie, on parle de « ressources identitaires » : je veux dire, ici nous sommes un public très reconnaissant. Une bonne partie d’entre nous, se sont trouvés soi-même. Chacun à sa manière, nous faisons ce que nous voulons faire. C’est ce qui nous donne aussi notre réussite financière d’une manière ou d’une autre. Nous voyons notre travail comme épanouissant. Que croyez-vous qu’il serait possible de faire dans le sens de plus de formation, de création de ressources identitaires...
(WG) - Que chacun se demande simplement : que pourrais-je faire de mieux si je recevais un revenu de base. Et il lui viendra toutes sortes de choses.
(4e i.) - à moi oui, …
(WG) - à vous et à tous les autres
(4e i.) - Mais… mais… mais... qu’en est-il des couches sociales inférieures...
(WG) - Pourquoi parler des couches sociales inférieures ? N’appartenez-vous point vous-mêmes à ces couches sociales inférieures ?... Excusez-moi...
(4e i.) - Je dirais, du point de vue des revenus, oui, mais quand on parle en sociologie de précarité...

(WG) - Et bien, avec le revenu de base vous pourrez laisser de coté votre activité de bloggeur et devenir travailleur social !


(5ème intervenant) - Merci pour l’exposé. Vous avez utilisé le concept « société ». J’ai eu l’impression que vous en parliez en rapport avec une société d’état...

(WG) - « Société de citoyens », s’il vous plaît ! Le revenu de base va libérer énormément d’initiatives citoyennes. Imaginez : votre femme ne sera plus dépendante de vous. Le temps des initiatives...
(5e i.) - Désolé de contredire votre préjugé, chez moi c’est malheureusement le contraire. :)
Alors OK pour la société de citoyens. Mais le concept de société de citoyens telle que nous la voyons aujourd’hui semble fortement lié à celui d’Etat. Pouvez-vous situer votre concept dans le contexte d’une société mondiale ?

(WG) -Oui, oui. Tout comme l’Etat social de Bismarck fût une imposante innovation sociale, et pris comme modèle pour beaucoup d’autres Etats dans le monde, ce sera exactement la même chose avec le revenu de base. Ce sera une impulsion culturelle. L’Allemagne apporterait une impulsion culturelle dans le monde. Il y a déjà beaucoup d’initiatives, au Brésil, en Suisse, dans beaucoup d’autres pays... Vous allez voir, c’est pour ainsi dire, la suite logique de notre société de consommation.
Dans la société agraire d’autrefois, il y avait le partage des terres : l’homme est libre sur une terre libre. Il pouvait ainsi produire. C’est d’ailleurs dans ce sens que l’apôtre Paul disait autrefois : « si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus ».
De la même manière demain, dans la société de consommation : un homme sera libre parce qu’il disposera d’un revenu de base.

(5e i.)- Vous le voyez comment ? Un processus ascendant ou descendant ? Lorsque l’on regarde le conseil de sécurité des Nations Unies...

(WG) - Les vents de changements dans la société soufflent toujours en provenance de la société. C’est pour cela que vous êtes si importants. Les politiques ne sont pas importants... car ils changeront au moment même où le vent de la société aura tourné.

Merci




1 comment:

  1. Bonjour,

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